Buch 
Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
Entstehung
Seite
21
JPEG-Download
 

( 21 )

sous sa domination des provinces françaises et des états alle-mands, une noblesse innombrable, et les villes les plus com-merçantes de lEurope. Gand et Liège pouvaient mettrechacune quarante mille hommes sur pied. Mais les élémentsqui composaient cette grande puissance étaient trop diverspour bien saccorder. Les Hollandais ne voulaient point obéiraux Flamands, ni ceux-ci aux Bourguignons. Une implacablehaine existait entre la noblesse des châteaux et le peuple desvilles marchandes. Ces Gères et opulentes cités mêlaient aveclesprit industriel des temps modernes la violence des mœursféodales. Dès que la moindre atteinte était portée aux privi-lèges de Gand, les doyens des métiers sonnaient la cloche deRoland, et plantaient leurs bannières dans le marché. Alors,le duc montait à cheval avec sa noblesse, et il fallait des ba-tailles et des torrents de sang.

Le roi de F rance, au contraire, était soutenu par les villes.Dans ses domaines, les petits étaient bien mieux protégéscontre les grands. Cétait un bourgeois, Jacques Cœur, quilui avait prêté largent nécessaire pour reconquérir la Nor-mandie. Partout le roi réprimait la licence des gens de guerre.Dès 1441, il avait débarrassé le royaume des compagnies ,en les envoyant contre les Suisses qui en firent justice à labataille de Saint-Jacques. En même temps, il fondait le par-lement de Toulouse, étendait le ressort du parlement de Pa-ris, malgré les réclamations du duc de Bourgogne, et limitaittoutes les justices féodales. En voyant un dArmagnac exilé,un dAlençon emprisonné, un bâtard de Bourbon jeté à larivière, les grands apprenaient quaucun rang ne mettait au-dessus des lois. Une révolution si heureuse faisait accueilliravec conGance toutes les nouveautés favorables au pouvoirmonarchique. Charles VII créa une armée permanente dequinze cents lances, institua la milice des francs-archers, quidevaient rester dans leurs foyers et sexercer aux armes lesdimanches; il mit sur les peuples une taille perpétuelle sanslautorisation des états-généraux, et personne ne murmura[1444],

Les grands eux-mêmes concouraient à augmenter le pou-