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meurer le maître, Ferdinand n’avait qu’à laisser le champouvert aux prétentions rivales. Il obtint par la sainte her-mandad des villes et par les révoltes des vassaux, la soumis-sion des grands; par les grands, celle des villes; par l’in-quisition, celle des uns et des autres l . Les violences desgrands déterminèrent Saragosse à lui laisser changer ses an-ciennes constitutions municipales, qu’elle avait toujoursdéfendues. L’organisation de la sainte hermandad ou frater-nité des cités d’Aragon, qui aurait terminé les guerres pri-vées des seigneurs, fut entravée par eux [1488], et le roifut obligé, aux cortès de 1495, d’en proroger l’établisse-ment pour dix années; mais le peuple de Saragosse en futsi irrité, que pendant longtemps le justiza d’Aragon, quin’avait pas voulu jurer l’hermandad, n’osa plus entrer dansla ville 2 . Dès lors la royauté dut hériter en grande partiede l’attachement des peuples pour cette magistrature, con-sidérée depuis longtemps comme le rempart des libertéspubliques contre les empiétements des rois.
Cependant Ferdinand et Isabelle n’auraient jamais acquisun pouvoir absolu, si l’indigence de la couronne les eûtlaissés dans la dépendance des cortès. Ils révoquèrent pardeux fois les concessions de Henri IY, et celles par lesquellesils avaient eux-mêmes acheté l’obéissance des grands [1480,1506]. La réunion des trois grandes maîtrises d’Alcantara,de Calatrava et de San-Iago, qu’ils eurent l’adresse de sefaire déférer par les chevaliers, leur donna à la fois unearmée et des biens immenses [1493, 1494]. Plus tard, lesrois d’Espagne, ayant obtenu du pape la vente de la bullede la Cruzada et la présentation aux évêchés [1508,1522],devinrent les plus riches souverains de l’Europe, avantmême de tirer aucune somme considérable de l’Amérique.
C’était par des moyens semblables que les rois de Portu-gal fondaient leur puissance. Ils s’attribuèrent les maîtrisesdes ordres d’Avis, de San Iago et du Christ, afin de mettre
’ Dans la seule Galice, il fit démolir quarante-six châteaux. (Hernandode Pulgar.)
•2Çurita, t. iv, 1. xx, fol. 251-356