la noblesse dans leur dépendance. Dans une même diète [àEvora, 1482], Juan II, successeur d’Alfonse l’Africain,révoqua les concessions de ses prédécesseurs, ôta aux sei-gneurs le droit de vie et de mort, et soumit leurs domainesà la juridiction royale. La noblesse indignée prit pour chefle duc de Bragance, qui appela les Castillans; le roi le fitjuger par une commission et décapiter : le duc de Yiseu,cousin-germain de don Juan, et son beau-frère, conspiracontre lui, et le roi le poignarda de sa propre main.
Mais ce qui assura le triomphe du pouvoir absolu enEspagne, c’est qu’il s’appuya sur le zèle de la foi, qui étaitle trait national du caractère espagnol. Les rois se liguèrentavec l’inquisition, cette vaste et puissante hiérarchie, d’au-tant plus terrible qu’elle unissait la force régulière de l’au-torité politique à la violence des passions religieuses. L’éta-blissement de l’inquisition rencontra les plus grands obstaclesde la part des Aragonais. Moins en contact avec les Mauresque les Castillans, ils étaient moins animés contre eux : laplupart des membres du gouvernement d Aragon descen-daient de familles juives. Us réclamèrent fortement contre lesecret des procédures et contre les confiscations, chosescontraires, disent-ils, aux fueros du royaume. Ils assassi-nèrent même un inquisiteur, dans l’espoir d’effrayer les au-tres. Mais le nouvel établissement était trop conforme auxidées religieuses de la plupart des Espagnols pour ne pasrésister à ces attaques. Le titre de familier de l’inquisi-tion, qui emportait l’exemption des charges municipales,fut tellement recherché que, dans certaines villes, ces pri-vilégiés surpassèrent en nombre les autres habitants, et queles cortès furent obligées d’y mettre ordre 1 .
' Inscription mise par les inquisiteurs peu après la fondation de l’in-quisition, au château de Triana, dans un faubourg de Séville : SanctumInquisitionis Officium contra hœreticorum pravilatem in Ilispaniœregnis initiatum est H isp ali, anno MCCCCLXXXl, etc. Generalisinquisitorprimas fuit Fr. Thomas de Torquemada. Faxit Deus ut inaugmentum fidei usque sœculi permanent, etc. Exsurge, Domine, : ju-dica causam tuam. Capite nobis vulpes. — Autre inscription mise en1524, par les inquisiteurs, à leur maison de Séville : Anno Domini
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