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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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II. LEurope neût eu rien à craindre des barbares, si laHongrie, unie à la Bohême dune manière durable, les eûttenus en respect. Mais la première attaqua la seconde dansson indépendance et dans sa croyance religieuse. Ainsi affai-blies lune par lautre, elles flottèrent, au quinzième siècle,entre les deux puissances esclavone et allemande, qui lesenvironnaient (Pologne et Autriche). Réunies, de 1453 à1458, sous un prince allemand, quelque temps séparées etindépendantes sous des souverains nationaux (la Bohêmejusquen 1471, la Hongrie jusquen 1490), elles furent denouveau réunies, sous des princes polonais, jusquen 1526,époque à laquelle elles passèrent définitivement sous la do-mination autrichienne.

Après le règne de Ladislas dAutriche, qui avait reçu tantde gloire des exploits de Jean Huniade, Georges Podiebradsempara de la couronne de Bohême, et Mathias Corvin, filsde Huniade, fut élu roi de Hongrie [1458 j. Ces deux princescombattirent avec succès les prétentions chimériques de lem-pereur Frédéric IH. Podiebrad protégea les Hussites, et en-courut linimitié des papes; Mathias combattit les Turcsavec gloire, et obtint la faveur de Paul II, qui lui offrit lacouronne de Podiebrad, son beau-père. Ce dernier opposa àMathias lalliance du roi de Pologne, dont il fit reconnaîtrele fils aîné de Wladislas pour son successeur. En même tempsCasimir, frère de Wladislas, essayait denlever à Mathias lacouronne de Hongrie. Mathias, ainsi pressé de tous côtés,fut obligé de renoncer à la conquête de la Bohême, et de secontenter des provinces de Moravie, de Silésie et de Lusace,qui devaient revenir à Wladislas, si Mathias mourait le pre-mier [1475-1478].

Le roi de Hongrie se dédommagea aux dépens de lAu-triche. Sous le prétexte que Frédéric III lui avait refusé safille, il envahit par deux fois ses États, et sen maintint enpossession. Avec ce grand prince, la chrétienté perdit sonprincipal défenseur, la Hongrie ses conquêtes et sa prépon-dérance politique [1490]. La civilisation, quil avait essayédintroduire dans ce royaume, fut ajournée pour plusieurs