rieusement en France, ayant justifié toutes ses imprudencespar une victoire.
Les Italiens, se croyant délivrés, demandèrent compte àSavonarole de ses sinistres prédictions. Son parti, celui desPiagnoni i,Pénitents , qui avait affranchi et réformé Flo-rence, vit tomber tout son crédit. Les amis de Médicis,qu’ils avaient poursuivis avec acharnement, le pape Alexan-dre VI,dontSavonarole attaquait les excès avec une extrêmeliberté, saisirent l’occasion de perdre une faction qui avaitlassé l’enthousiasme mobile des Florentins. Un moine fran-ciscain, voulant, disait-il, prouver que Savonarole était unimposteur, et qu’il n’avait le don ni des prophéties ni desmiracles, offrit de passer avec lui dans un bûcher ardent.Au jour marqué, lorsque le bûcher était dressé, et tout lepeuple dans l’attente, les deux partis firent des difficultés,et une grande pluie qui survint mit le comble à la mauvaisehumeur du peuple. Savonarole fut arrêté, jugé par les com-missaires du pape, et brûlé vif. Lorsqu’on lui lut la sen-tence par laquelle il était retranché de l’Église: De la mi-litante, répondit-il, espérant appartenir dès lors à l’Églisetriomphante [1498].
L’Italie ne s’aperçut que trop de la vérité de ses pro-phéties.
Le jour même de l’épreuve du bûcher, Charles VIIImourait à Amhoise, et laissait le trône au duc d’Orléans,Louis XII, qui joignait aux prétentions de son prédécesseursur Naples, celle que son aïeule, Valentine Visconti, luidonnait sur le Milanais. Dès que son mariage avec la veuvede Charles VIII eut assuré la réunion de la Bretagne, il en-vahit le Milanais de concert avec les Vénitiens. Les deuxarmées ennemies étaient en partie composées de Suisses;ceux de Ludovic ne voulurent point combattre contre labannière de leur canton, qu’ils voyaient dans l’armée duroi de France, et livrèrent le duc de Milan. Mais en repre-nant le chemin de leurs montagnes, ils s’emparèrent deBellinzona, que Louis XII fut obligé de leur céder, et quidevint pour eux la clef de la Lombardie. Le Milanais con-