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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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cution de ce projet contradictoire; on ne pouvait chasserles barbares quau moyen de Yenise, et il fallait abaisserVenise pour élever lÉglise au rang de puissance prépon-dérante de lItalie.

Dabord Jules II voulut affranchir les Génois scs com-patriotes, et encouragea leur révolte contre Louis XII. Lesnobles, favorisés par le gouvernement français, ne cessaientdinsulter le peuple ; ils marchaient armés de poignards, surlesquels ils avaient fait graver : Castigaviïlano. Le peuplese révolta, et prit un teinturier pour doge. Louis Xll parutbientôt sous leurs murs avec une brillante armée; le che-valier Bayard gravit sans peine les montagnes qui couvrentGênes, et il leur criait r « Ores, marchands, défendez-vous« avec vos aulnes, et laissez les piques et lances, lesquelles« vous navez accoutumées 1 .» Le roi, ne voulant pasruiner une ville si riche, fit seulement pendre le doge etquelques autres, brûla les privilèges de la ville, et litconstruire à la Lanterne une forteresse qui commandaitlentrée du port [1507].

La même jalousie des monarchies contre les républiques,des peuples pauvres encore contre lopulence industrieuse,arma bientôt la plupart des princes lOccident contrelancienne rivale de Gênes Le gouvernement de Yeniseavait su profiter des fautes et des malheurs de toutes lesautres puissances; il avait gagné à la chute de Ludovic leMore, à lexpulsion des Français de Naples, à la ruine deCésar Borgia. Tant de succès excitaient la crainte et la ja-lousie des puissances italiennes elles-mêmes, qui auraient souhaiter la grandeur de Yenise. « Yos seigneuries, écri-te vait Machiavel aux Florentins, mont toujours dit que« cétaient les Yénitiens qui menaçaient la liberté de lIta-« lie 2 . » Dès lan 1503, M. de Chaumont, lieutenant duroi dans le Milanais, disait au même ambassadeur : « On

1 Gtiampier, les Gestes, ensemble la Vie du preux chevalierBayard, etc.

8 Légation auprès de l'Empereur, 1508, février. Voy. aussi sa Léga-tion à la cour de France, 1503, 13 février.