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Cependant le pape avait commencé la guerre; il appelait lesSuisses en Italie, et faisait entrer dans la sainte ligue contrela France, Ferdinand, Venise, Henri VIII et Maximilien[1511—1512]. Tandis que Louis XII, ne sachant s’il peutsans pécher se défendre contre le pape, consulte des doc-teurs, et assemble un concile à Pise, Jules II assiège laMirandole en personne, se loge sous le feu de la place, aumilieu de ses cardinaux tremblants, et y fait son entrée parla brèche.
L’ardeur de Jules II, la politique des alliés, furent uninstant déconcertées par la courte apparition de Gaston deFoix, neveu de Louis XII, à la tête de l’armée française. Cejeune homme de vingt-deux ans arrive en Lombardie, rem-porte trois victoires en trois mois, et meurt, laissant la mé-moire du général le plus impétueux qu’ait vu l’Italie.D’abord il intimide ou gagne les Suisses et les fait rentrerdans leurs montagnes; il sauve Bologne assiégée, et s’yjette avec son armée à la faveur de la neige et de l’oura-gan [7 février].; le 18, il était devant Brescia reprise parles Vénitiens, le 19, il l’avait forcée; le 11 avril, il péris-sait vainqueur à Ravenne. Dans l’effrayante rapidité deses succès, il ne ménageait ni les siens ni les vaincus Bres-cia fut livrée pendant sept jours à la fureur du sqldat ; lesvainqueurs massacrèrent quinze mille personnes, hommes,femmes et enfants. Le chevalier Bayar d eut bien peu d’imi-tateurs.
Gaston, de retour en Romagne, attaqua Ravenne, pourforcer l’armée de l’Espagne et du Pape à accepter la ba-taille 1 . La canonnade ayant commencé, Pédro de Navarre,qui avait formé l’infanterie espagnole, et qui comptait surelle pour la victoire, la tenait couchée à plat ventre, atten-dant de sang-froid que les boulets eussent haché la gendar-merie des deux partis. Les gens d’armes italiens perdirentpatience et se tirent battre par les Français. L’infanterieespagnole, après avoir soutenu le combat avec une valeur
1 Voy. ta lettre de Bavard à son oncleMémoires.
tom. xvi de la collection des