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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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Louise de Savoie, qui avait voulu se marier au connétable,et qui en avait éprouvé un refus, voulut le ruiner, ne pou-vant lépouser. Elle lui disputa cette riche succession, etobtint de son fils que provisoirement les biens seraient misen séquestre 1 . Bourbon, désespéré, prit la résolution depassera lEmpereur (1523)'. Un demi-siècle auparavant, larévolte nemportait aucune idée de déloyauté. Les cheva-liers les plus accomplis de France, Dunois et Jean de Ca-labre , étaient entrés dans la ligue du Bien public. Récem-ment encore, on avait vu en Espagne don Pedro de Giron,mécontent de Cbarles-Quint, lui déclarer en face quilrenonçait à son obéissance, et prendre le commandementdes communeros 2 . Mais ici il ne sagissait point dune ré-volte contre le roi; en France, elle était impossible à cetteépoque. Cétait une conspiration contre lexistence mêmede la France que Bourbon tramait avec les étrangers. Ilavait promis à Cbarles-Quint dattaquer la Bourgogne dèsque François I r aurait passé les Alpes, de soulever cinqprovinces, il se croyait le maître; le royaume de Pro-vence devait être rétabli en faveur du connétable, et laFrance, partagée entre lEspagne et lAngleterre, eût cessédexister comme nation. Il put jouir bientôt des malheursde sa patrie. Devenu général des armées de lEmpereur, ilvit fuir les Français devant lui à la Biagrasse; il vit le che-valier Bayard frappé dun coup mortel et couché au pieddun arbre, « le visage devers lennemi, et dit audit Bayard« quil avait grand pitié de lui, le voyant en cest estât, pour« avoir esté si vertueux chevalier. Le capitaine Bayard lui« fit response : Monsieur, il ny a point de pitié en moy,« car je meurs en homme de bien. Mais jai pitié de vous,« de vous veoir servir contre vostre prince et vostre patrie« et vostre serment 3 . »

Bourbon croyait quà sa première apparition en France,ses vassaux viendraient se ranger avec lui sous les dra-

1 Voy. la lettre <lu connétable à François l r , dans les Mém. de duBellay, t. xvn, p. 413.

» Sépulveda, 1. 1 , p. 79. 3 Du Bellay, xm, p. 461.