( 86 )
Louise de Savoie, qui avait voulu se marier au connétable,et qui en avait éprouvé un refus, voulut le ruiner, ne pou-vant l’épouser. Elle lui disputa cette riche succession, etobtint de son fils que provisoirement les biens seraient misen séquestre 1 . Bourbon, désespéré, prit la résolution depassera l’Empereur (1523)'. Un demi-siècle auparavant, larévolte n’emportait aucune idée de déloyauté. Les cheva-liers les plus accomplis de France, Dunois et Jean de Ca-labre , étaient entrés dans la ligue du Bien public. Récem-ment encore, on avait vu en Espagne don Pedro de Giron,mécontent de Cbarles-Quint, lui déclarer en face qu’ilrenonçait à son obéissance, et prendre le commandementdes communeros 2 . Mais ici il ne s’agissait point d’une ré-volte contre le roi; en France, elle était impossible à cetteépoque. C’était une conspiration contre l’existence mêmede la France que Bourbon tramait avec les étrangers. Ilavait promis à Cbarles-Quint d’attaquer la Bourgogne dèsque François I r aurait passé les Alpes, de soulever cinqprovinces, où il se croyait le maître; le royaume de Pro-vence devait être rétabli en faveur du connétable, et laFrance, partagée entre l’Espagne et l’Angleterre, eût cesséd’exister comme nation. Il put jouir bientôt des malheursde sa patrie. Devenu général des armées de l’Empereur, ilvit fuir les Français devant lui à la Biagrasse; il vit le che-valier Bayard frappé d’un coup mortel et couché au piedd’un arbre, « le visage devers l’ennemi, et dit audit Bayard« qu’il avait grand pitié de lui, le voyant en cest estât, pour« avoir esté si vertueux chevalier. Le capitaine Bayard lui« fit response : Monsieur, il n’y a point de pitié en moy,« car je meurs en homme de bien. Mais j’ai pitié de vous,« de vous veoir servir contre vostre prince et vostre patrie« et vostre serment 3 . »
Bourbon croyait qu’à sa première apparition en France,ses vassaux viendraient se ranger avec lui sous les dra-
1 Voy. la lettre <lu connétable à François l ‘ r , dans les Mém. de duBellay, t. xvn, p. 413.
» Sépulveda, 1. 1 , p. 79. — 3 Du Bellay, xm, p. 461.