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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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François I er ne songeait quà compromettre ses alliés poureffrayer Charles-Quint, et améliorer les conditions du traitéde Madrid. LItalie restait en proie à la guerre la plus hi-deuse qui pût déshonorer lhumarité; cétait moins uneguerre quun long supplice infligé par une soldatesqueféroce à un peuple désarmé. Les troupes mal payées deCharles-Quint nétaient point à lui, nétaient à personne;elles commandaient à leurs généraux. Dix mois entiers,Milan t abandonnée à la froide barbarie des Espagnols.Dès quon sut dans lAllemagne que lItalie était ainsilivrée au pillage, treize ou quatorze mille Allemands pas-sèrent les Alpes sous Georges Frondsberg, luthérien fu-rieux, qui portait à son cou une chaîne dor destinée, di-sait-il, à étrangler le pape. Bourbon et l eyva conduisaient,ou plutôt suivaient cette armée de brigands. Elle se gros-sissait, sur sa route, dune foule dItaliens qui imitaientles vices des barbares, ne pouvant imiter leur valeur. Lar-mée prit son chemin par Ferrare et Bologne; elle fut surle point d'entrer en Toscane, et les Espagnols ne juraientque par le sac glorieux de Florence 1 ; mais une impul-sion plus forte entraînait les Allemands vers Rome, commeautrefois les Goths leurs aïeux. Clément Y1I, qui avaittraité avec le vice-roi de Naples, et qui voyait pourtantapprocher l'armée de Bourbon, cherchait à saveugler lui-même, et semblait comme fasciné par la grandeur mêmedu péril. Il licencia ses meilleures troupes à lapproche desimpériaux, croyant peut-être que Rome désarmée leurinspirer .1 quelque respect. Dès le matin du 6 mai, Bour-bon donna lassaut [1527 . 11 avait mis une cotte-darmesblanche pour être mieux vu des siens et des ennemis. Dansune si odieuse entreprise, le succès pouvait seul le releverà ses propres yeux; sapercevant que ses fantassins alle-mands le secondaient mollement, il saisit une échelle, et ily montait, lorsquune balle latteignit dans les reins; il sentitbien quil était mort, et ordonna aux siens de couvrir son

Sismondi, xv, d'après Lettere de' principi, t. n, fol. i7.