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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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perdu. On ne savait pas quelles ressources la France avaiten elle-même. Depuis 1533, le roi s’était enfin décidé àplacer la force militaire de la France dans l’infanterie, etdans une infanterie nationale. Il se souvenait que les Suissesavaient fait perdre la bataille de La Bicoque, et peut-êtrecelle de Pavie; que les landsknechts avaient été rappeléspar l’Empereur la veille de la bataille de Ravenne. Maisdonner ainsi des armes au peuple, c’était, disait-on, cou-rir un grand risque L Dans une ordonnance sur la chasse,rendue en 1517, François I er avait défendu le port d’armessous des peines terribles. Néanmoins, il se décida à créersept légions provinciales, fortes.chacune de six mille hom-mes, et tirées des provinces frontières. Ces troupes étaientencore peu aguerries, lorsque les armées de Charles-Quintentrèrent à la fois en Provence, en Champagne et en Pi-cardie. Aussi François I er , ne se reposant pas sur leur va-leur, résolut d’arrêter l’ennemi en lui opposant un désert.Toute la Provence, des Alpes à Marseille, et de la mer auDauphiné, fut dévastée avec une inflexible sévérité par lemaréchal de Montmorency : villages, fermes, moulins, toutfut brûlé, toute apparence de culture détruite. Le maré-chal, établi dans un camp inattaquable entre le Rhône et laDurance, attendit patiemment que l’armée de l’Empereurse fût consumée devant Marseille. Charles-Quint fut con-traint à la retraite, et obligé de consentir à une trêve dontle pape se fit le médiateur trêve de Nice, 1538). Un moisaprès, Charles et François se virent à Aigues-Mortes, etces princes, qui s’étaient traités d'une manière si outra-geante, dont l’un accusait l’autre d’avoir empoisonné ledauphin, se donnèrent toutes les assurances d’une amitiéfraternelle.

1 Au premier remuement de guerre, le roy François dressa des légion-naires. qui fut une très-belle invention, si elle eust été bien suivve ; carc’est le vray moyen d’avoir toujours une bonne armée sur pied , commefaisoient les Romains, et de tenir son peuple agucrry, combien que jene sçai si cela est bon ou mauvais. La dispute n’en est pas petite; siaymerois-je mieux me fier aux miens qu’aux estrangers. (Montluc, t. xx,p. 385.)—On voit, dans les mémoires de Montluc et de Tavannes. qu’onmettait des gentilshommes dans chaque légion, et que les plus vaillantesétaient celles où il y en avait le plus.