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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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L’épuisement des deux rivaux était pourtant l’uniquecause de la trêve. Quoique Charles-Quint eût tâché de ga-gner les cortès de Castille, en autorisant la députation per-manente imitée de celle d’Aragon, et en renouvelant la loiqui excluait les étrangers des emplois, il n’avait pu obtenird’argent ni en 1527, ni en 1533, ni en 1538. Gand avaitpris les armes plutôt que de payer un nouvel impôt. L’ad-ministration du Mexique n’était pas encore organisée; lePérou n'appartenait encore qu’à ceux qui l’avaient conquis,et qui le désolaient par leurs guerres civiles. L’Empereuravait été obligé de vendre une grande partie des domainesroyaux, avait contracté une-dette de sept millions de du-cats, et ne trouvait plus à emprunter dans aucune banque à13 ni à 14. Cette pénurie excita, vers 1539, une révoltepresque universelle dans les armées de Charles-Quint.Elles se soulevèrent en Sicile, pillèrent la Lombardie, etmenacèrent de livrer la Goulette à Barberousse. Il falluttrouver à tout prix de quoi payer leur solde arriérée, eten licencier la plus grande partie.

Le roi de France n’était guère moins embarrassé. Depuisl’avénement de Charles VIH, la richesse nationale avait prisun développement rapide par l’effet du repos intérieur ;mais les dépenses surpassaient de beaucoup les ressources.Charles VII avait eu dix-sept cents hommes d’armes. Fran-çois I er en eut jusqu’à trois mille, sans compter six millechevau-légers, et souvent douze ou quinze mille Suisses.Charles VII levait moins de deux millions d’impôts;Louis XI en leva cinq, François I er près de neuf. Pour sub-venir à ces dépenses, les rois ne convoquaient point lesétats-généraux, depuis 1484 1 . Ils leur substituaient desassemblées de notables [1526], et le plus souvent levaientde l’argent par des ordonnances qu’ils faisaient enregistrerau parlement de Paris; Louis XII, le Père du peuple , di-minua d abord les impôts, et vendit les offices de finances[1499]; mais il fut contraint, vers la fin de son règne,d’augmenter les impôts, de faire des emprunts, et d’aliéner

1 Une seule fois à Tours, en 1506, et seulement pour annuler la Traitéde Blois.