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[1543], et tous deux, n’ayant plus rien à craindre derrièreeux, se concertèrent pour envahir les Etats de François I er .La France, seule contre tous, déploya une vigueur inatten-due; elle combattit avec cinq armées, et étonna les confé-dérés par la brillante victoire de Cérisoles; l’infanterie gagnacette bataille, perdue par la gendarmerie 1 . Charles-Quint,mal secondé par Henri VIII, et rappelé par les progrès deSoliman en Hongrie, signa, à treize lieues de Paris, untraité par lequel François renonçait à Naples, Charles à laBourgogne; le duc d’Orléans devait être investi du Mila-nais [1545]. Les rois de France et d’Angleterre ne tardè-rent pas à faire la paix, et moururent tous deux la mêmeannée [1547].
La longue lutte des deux grandes puissances de l’Europeest loin d’être terminée; mais elle se complique désormaisd’intérêts religieux, qu’on ne peut comprendre sans con-naître les progrès de la Réforme en Allemagne. Nous nousarrêterons ici pour regarder derrière nous, et pour exami-ner quelle avait été la situation intérieure de l’Espagne etde la France pendant la rivalité de François I er et de Char-les-Quint.
En Espagne, la royauté marchait à grands pas vers cepouvoir abso u qu’elle avait atteint en France. Charles-Quint imita l’exemple de son père, et fit plusieurs lois sansl’autorisation des cortès. En 1538, les nobles et les prélatsde Castille ayant repoussé l’impôt général de la Sisa, quiaurait porté sur la vente en détail des denrées, le roi d’Es-pagne cessa de les convoquer, alléguant qu’ils n’avaient pasle droit de voter des impôts qu’ils ne payaient point. Lescortès ne se composèrent plus que des trente-six députésenvoyés par les dix-huit villes qui seules étaient représen-tées. Les nobles se repentirent trop tard de s’être joints auroi pour accabler les communeros, en 1521.
Le pouvoir de l’inquisition espagnole faisait des progrèsd’autant plus rapides que l’agitation de l’Allemagne alar-mait de plus en plus Charles-Quint sur les suites politiques
1 Montluc. liv. xxi, p. 31,