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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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milien navait ni ports pour une flotte, ni argent pourléquiper, ni grandeur de courage pour un tel projet. Ve-nise eût pu sen charger; mais, soit que laversion des Gé-nois pour les Yénitiens ne permît pas à Colombo desadresser à la rivale de sa patrie, soit que Venise ne con-çût de grandeur que dans son commerce dAlexandrie etdu Levant, Colombo nespéra qu'en la cour dEspagne. Cene fut pourtant quaprès huit ans de sollicitations que lacour dIsabelle consentit au bien que le citoyen de Cônesvoulait lui faire. I a cour dEspagne était pauvre : il fallutque le prieur Pérez, et deux négociants nommés Pinzone,avançassent dix-sept mille ducats pour les frais de larme-ment. Colombo eut de la cour une patente, et partit enfindu port de Palos en Andalousie, avec trois petits vaisseauxet un vain titre damiral.

« Des îles Canaries, il mouilla, il ne mit que trente-trois jours pour découvrir la première île de lAmérique[12 octobre 1492], et pendant ce court trajet, il eut à sou-tenir plus de murmures de son équipage quil navait es-suyé de rèfus des princes de lEurope. Cette île, situéeenviron à mille lieues des Canaries, fut nommée San-Sal-vador : aussitôt il découvrit les autres îles I.ucayes, Cuba etHispaniola, nommée aujourdhui Saint-Domingue. Ferdi-nand et Isabelle furent dans une singulière surprise de leyoir revenir au bout de sept mois avec des AméricainsdHispaniola, des raretés du pays, et surtout de lor quilleur présenta. Le roi et la reine le firent asseoir et couvrircomme un grand dEspagne, le nommèrent grand-amiral etvice-roi du Nouveau-Monde : il était regardé partout commeun homme unique envoyé du ciel. Cétait alors à qui sem-barquerait sous ses ordres. 11 repart avec une flotte de dix-sept vaisseaux [1493]. Il trouve encore de nouvelles îles,les Antilles et la Jamaïque. Le doute sétait changé en ad-miration pour lui à son premier voyage; mais ladmirationse tourna en envie au second.

« 11 était amiral, vice-roi, et pouvait ajouter û ces titrescelui de bienfaiteur de Ferdinand et dIsabelle. Cependant