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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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des juges, envoyés sur ses vaisseaux même pour veiller sursa conduite le ramenèrent en Espagne, l e peuple, qui en-tendit que Colombo arrivait, courut au-devant de lui commedu génie tutélaire de l'Espagne : on tira Colombo du vais-seau, il parut, mais avec les fers aux pieds et aux mains.

« Ce traitement lui avait été fait par lordre de Fonseca,évêque de Burgos, intendant des armements l . Lingratitudeétait aussi grande que les services. Isabelle en fut honteuse:elle répara cet affront autant quelle le put; mais on retintColombo quatre années, soit quon craigr.1t quil ne prîtpour lui ce quil avait découvert, soit quon voulût seule-ment avoir le temps de sinformer de sa conduite. Enfin, onle renvoya encore dans son Nouveau-Monde [1498]. Ce futà ce troisième voyage quil aperçut le continent à dix de-grés de léquateur, et quil vit la cète lon a bâti Cartha-gène 2 .

1 Codiee diplomatieo Colombo -Amerieano, ossia raeeotta tli docu-inenli inediti, etc. Genova, 18i3. p. i.iv, lv. Voy. dans le même re-cueil, la lettre de Colomb à la nourrice (lu prince D. Juan, lorsquil re-venait prisonnicr'én Espagne, p. 29.

2 Dans un quatrième voyage [1501-150'»], l'infortuné Colomb se vit re-fuser un-abri dans les ports quil avait découverts. 11 échoua sur la côtede la Jamaïque et y resta un an dénué de tout secours ; il écrivit deune lettre pathétique à Ferdinand et à Isabelle. Il revint en Espagne,épuisé de fatigues, et la nouvelle de la mort dIsabelle, sa protectrice,lui porta le dernier coup [155.0].

« Que mont servi, dit-il dans cette lettre, vingt années de travaux, tant« de-fatigues et de périls? je nai pas aujourdhui une maison en Cas-« tille, et si je veux dîner, souper ou dormir, je nai pour dernier refuge« que iboteilerie; encore le plus souvent largent me manque-t-il pour« payer mon éoot.... A moins davoir la patience de Job, ny avait-il pas« de quoi mourir désespéré, en voyant que dans un pareil temps, dans« lextrême péril que je courais moi et mon jeune fils, et mon frère et« mes amis, on me fermait cette terre et ces ports que javais, par la vo-« ionto divine, gagnés à lEspagne, et pour la découverte desquels javais« sué du sang... Cependant je montai le mieux que je pus au plus haut« du vaisseau , poussant des cris d'alarme , et appelant les quatre vents à« mon secours; et rien ne me répondit... Epuisé, je mendormis, etjen-« tendis une voix pleine de douceur et de pitié, qui prononçait ces paro-le les : « Homme insensé, homme lent à croire et à servir ton Lieu! quel« soin na-t-il pas eu de toi depuis ta naissance ? a-t-il fait davantage pour« Moïse et pour David son serviteur ? Les Indes, celte partie du monde« si riche, il te les a données pour tiennes ; tu en as fait part à qui il ta