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chaussées immenses traversaient le lac tout couvert de pe-tites barques faites de troncs d’arbres. On voyait dans laville des maisons spacieuses et commodes, construites depierres, des marchés, des boutiques qui brillaient d’ou-vrages d’or et d’argent, ciselés et sculptés, de vaisselle deterre vernissée, d’étoffes de coton et de tissus de plumesqui formaient des dessins éclatants par les plus vives nuan-ces. Auprès du grand marché était un palais où l’on ren-dait sommairement la justice aux marchands. Plusieurspalais de l’empereur Montézuma augmentaient la somptuo-sité de la ville : un d’eux était entouré de grands jardinsoù l’on ne cultivait que des plantes médicinales; des inten-dants les distribuaient gratuitement aux malades : on ren-dait compte au roi du succès de leurs usages, et les méde-cins en tenaient registre à leur manière sans avoir l’usage del’écriture. Les autres espèces de magnificence ne marquentque le progrès des arts; celle-là marque le progrès de la mo-rale. S’il u’était pas delà nature humaine de réunir le meil-leur et le pire, on ne comprendrait pas comment cette mo-rale s’accordait avec les sacrifices humains dont le sang re-gorgeait à Mexico devant l’idole de Yisiliputsli, regardécomme le dieu des armées. Les ambassadeurs de Montézumadirent à Cortez, à ce qu’on prétend, que leur maître avaitsacrifié dans ses guerres près de vingt mille ennemis chaqueannée dans le grand temple de Mexico : c’est une très-grandeexagération ; on sent qu’on a voulu colorer par là les injus-tices du vainqueur de Montézuma; mais enfin, quand lesEspagnols entrèrent dans le temple, ils trouvèrent parmises ornements des crânes d’hommes suspendus comme destrophées. Leur police, en tout le reste, était humaine etsage : l’éducation de la jeunesse formait un des plus grandsobjets du gouvernement. Il y avait des écoles publiquesétablies pour l’un et pour l’autre sere : nous admirons en-core les anciens Egyptiens d’avoir connu que l’année estd’environ trois cent soixante-cinq jours : les Mexicainsavaient poussé jusque-là leur astronomie. La guerre étaitchez eux réduite en art : c'est ce qui leur avait donné tant