Buch 
Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
Entstehung
Seite
209
JPEG-Download
 

( 209 )

ft On peut compter parmi les grands prodiges, que les con-quérants de ce nouveau monde, se déchirant eux-mêmes,les conquêtes nen souffrirent pas. Jamais le vrai ne fut moinsvraisemblable : tandis que Cortez était près de subjuguerlempire du Mexique avec cinq cents hommes qui lui res-taient, le gouverneur de Cuba, Velasquez, plus offensé dela gloire de Cortez, son lieutenant, que de son peu de sou-mission, envoie presque toutes ses troupes, qui consistaienten huit cents fantassins, quatre-vingts cavaliers bien mon-tés et deux petites pièces de canon, pour réduire Cortez, leprendre prisonnier, et poursuivre le cours de ses victoires.Cortez, ayant dun côté mille Espagnols à combattre, et lecontinent à retenir dans la soumission, laissa quatre-vingtshommes pour lui répondre de tout le Mexique, et marchasuivi du reste, contre ses compatriotes : il en défait une par-tie, il gagne lautre. Enfin, cette armée, qui venait pour ledétruire, se range sous ses drapeaux, et il retourne auMexique avec elle.

« Lempereur était toujours en prison dans sa capitale,gardé par quatre-vingts soldats : celui qui les commandaitsur un bruit vrai ou faux que les Mexicains conspiraientpour délivrer leur maître avait pris le temps dune fêtedeux mille des premiers seigneurs étaient plongés dans li-vresse de leurs liqueurs fortes ; il fond sur eux avec cinquantesoldats, les égorge eux et leur suite sans résistance, et lesdépouille de tous les ornements dor et de pierreries dontils sétaient parés pour cette fête. Cette énormité,que tout lepeuple attribuait avec raison à la rage de lavarice, soulevaces hommes trop patients; et quand Cortez arriva, il trouvadeux cent mille Américains en armes contre quatre-vingtsEspagnolsoccupés à se défendre et àgarder l'empereur. Ils as-siégèrent Cortez pour délivrer leur roi: ils se précipitèrenten foule contre les canons et les mousquets. Les Espagnolsétaient fatigués de tuer, et les Américains se succédaient enfoule sans se décourager L Cortez fut obligé de quitter la

' « Je leur déclarai que s'ils s'obstinaient, je ne m'arrêterais que quand

14