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d’ asile dont les ambassadeurs jouissaient à Rome pour leurshôtels et leurs quartiers, Louis XIYrefusa seul; l’ambassa-deur français entra à Rome à la tête de huit cents hommeset maintint son privilège à main armée.
Ce qui rassurait en cette affaire la cpnscience religieusede Louis XIV, c’est que pendant qu’il humiliait le pape, ilécrasait les protestants. Richelieu les avait anéantis commeparti politique ; mais il leur avait laissé leurs voix dans lesparlements, leurs synodes, enfin une partie de leur organi-sation intérieure. Il se flattait vainement de les ramenerpar la persuasion. Louis XlV y employa l’argent, et crutavoir fort avancé l’ouvrage ; on lui annonçait chaque matinqu’un canton,une ville, s’étaient convertis; il ne fallait plus,disait-on, qu’agir avec un peu de vigueur, et il allait accom-plir l’unité de l’Eglise et de la France (Révocation de l’éditde Nantes, 1685). C’était la pensée des plus grands hommesdu temps, en particulier de Bossuet. L’emploi de la violenceen matière de foi, l’application d’un mal temporel pourprocurer un bien éternel, ne répugnait alors à personne. Ilfaut dire encore qu’à cette époque, il y avait une grandeexaspération contre les protestants. La France, bornée dansses succès par la Hollande, sentait une autre Hollande enson sein, qui se réjouissait des succès de l’autre. Tant queColbert vécut, il les défendit: exclus des charges, ils avaienttourné leur activité du côté de l’industrie et du commerce ;ils ne troublaient plus la Frauce, ils l’enrichissaient. AprèsColbert, Louis XIV fut gouverné par Louvois, l’ennemi deColbert, et par madame de Maintenon,qu’il épousa secrè-tement vers 1685. Née calviniste et petite-fille du fameuxThéodore Agrippa d’Aubigné, l’un des chefs de l’oppositionprotestante contre Henri IV, cette discrète et judicieusepersonne avait abjuré elle-même et aurait voulu faire ab-jurer ses co-religionnaires; âme froide, que la misère de sespremières années semblait avoir endurcie et séchée, elle avaitété la femme de l’auteur de VÈnéïde travestie , de Scarronle cul-de-jatte , avant d’être femme de Louis le Grand.Elle n’eut point d’enfants, elle ne connut point l’amour ma-