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lanthropie, athéisme et panthéisme, d’Alembert et Diderot.Le tout fut dit par Condillac en un mot, qui contientle siècle: Traité des Sensations, 1754. Cependant la guerrereligieuse était continuée par Voltaire, qui venait de se pos-ter en observation au point central de l’Europe, entre laFrance, la Suisse et l’Allemagne, aux portes de Genève, auchef-lieu des anciens Vaudois, d’Arnaldo de Brescia et deZwingle et de Calvin.
C’était l’apogée de la puissance de Frédéric. Depuis saconquête de Silésie, il avait perdu tout ménagement. Dansson étrange cour de Postdam , ce bel esprit guerrier se mo-quait de Dieu, des philosophes et des souverains, ses con-frères; il avait maltraité Voltaire, le principal organe del’opinion; il désolait de ses épigrammesles rois et lesreines;il ne croyait ni à la beauté de madame de Pompadour, niau génie poétique de l’abbé Bernis, principal ministre deFrance. L’occasion parut favorable à l’impératrice pourrecouvrer la Silésie ; elle ameuta l’Europe, les reines sur-tout , elle entraîna celle de Pologne et l’impératrice de Bus-sie ; elle fit sa cour à la maltresse de Louis XV. La mon -strueuse alliance de la France avec cettevieille Autriche con-tre un souverain qui maintenait l’équilibre de l’Allemagne,réunit contre lui toute l’Europe. L’Angleterre seule l’aidaet lui donna des subsides. Elle était gouvernée alors par unavocat goutteux, le fameux William Pitt, depuis lord Cha-tam, qui s’éleva à force d’éloquence, à force de haine contreles Français. L’Angleterre voulait deux choses : le maintiende l’équilibre européen, et la ruine des colonies françaiseset espagnoles. Scs griefs étaient graves : les Espagnols avaientmaltraité ses contrebandiers, et les Français voulaient l'em-pêcher au Canada de bâtir sur leur territoire. Aux Indes,La Bourdonnaie, et son successeur Dupleix, menaçaientde fonder une grande puissance, en face de la puissance an-glaise. Les Anglais, pour déclaration de guerre, nous con-fisquèrent trois cents navires (1756).
Ce fut une merveille dans cette guerre, de voir l’imper-ceptible Prusse,entre les masses de l’Autriche, de la France