6S LA HENRIADE.
Qui, toujours insultant à ce prince abattu,Semblait l’avoir servi moins que l’avoir vaincu.
La bonté irrite enfin le plus faible courage:L'insensible Valois ressentit cet outrage;
Il voulut, d’un sujet réprimant la fierté,
Essayer dans Paris sa faible autorité.
Il n’en était plus temps ; la tendresse, et la crainte,Pour lui dans tous les coeurs était alors éteinte:
Son peuple audacieux, prompt à se mutiner,
Le prit pour un tyran, dès qu’il voulut régner.
< )n s’assemble, on conspire, on répand les alarmes ;Tout bourgeois est soldat, tout Paris est en armes:Mille remparts naissants, qu’un instant a formés,Menacent de Valois les gardes enfermés.
Guise, tranquille et fier au milieu de l’orage,Précipitait du peuple ou retenait la rage,
De la sédition gouvernait les ressorts ,
Et faisait, à son gré , mouvoir ce vaste corps.
Tout le peuple au palais courait avec furie :
Si Guise eut dit un mot, Valois était sans vie ;
Mais, lorsque d’un coup-d’oeil il pouvait l’accabler,Il parut satisfait de l’avoir fait trembler ;
Et, des mutins lui-même arrêtant la poursuite,
Lui laissa, par pitié, le pouvoir de la fuite.
Enfin Guise attenta , quel que fût son projet,
Trop peu pour un tyran, mais trop pour un sujet.Quiconque a pu forcer son monarque à le craindreA tout à redouter, s’il ne veut tout enfreindre.Guise , en ses grands desseins dès ce j our affermi,Vit qu’il n’était plus temps d’offenser à demi;
Et qu’élevé si haut, mais sur un précipice,
S’il ne montait au trône, il marchait au supphce.