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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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6S LA HENRIADE.

Qui, toujours insultant à ce prince abattu,Semblait l’avoir servi moins que l’avoir vaincu.

La bonté irrite enfin le plus faible courage:L'insensible Valois ressentit cet outrage;

Il voulut, d’un sujet réprimant la fierté,

Essayer dans Paris sa faible autorité.

Il n’en était plus temps ; la tendresse, et la crainte,Pour lui dans tous les coeurs était alors éteinte:

Son peuple audacieux, prompt à se mutiner,

Le prit pour un tyran, dès qu’il voulut régner.

< )n s’assemble, on conspire, on répand les alarmes ;Tout bourgeois est soldat, tout Paris est en armes:Mille remparts naissants, qu’un instant a formés,Menacent de Valois les gardes enfermés.

Guise, tranquille et fier au milieu de l’orage,Précipitait du peuple ou retenait la rage,

De la sédition gouvernait les ressorts ,

Et faisait, à son gré , mouvoir ce vaste corps.

Tout le peuple au palais courait avec furie :

Si Guise eut dit un mot, Valois était sans vie ;

Mais, lorsque d’un coup-d’oeil il pouvait l’accabler,Il parut satisfait de l’avoir fait trembler ;

Et, des mutins lui-même arrêtant la poursuite,

Lui laissa, par pitié, le pouvoir de la fuite.

Enfin Guise attenta , quel que fût son projet,

Trop peu pour un tyran, mais trop pour un sujet.Quiconque a pu forcer son monarque à le craindreA tout à redouter, s’il ne veut tout enfreindre.Guise , en ses grands desseins dès ce j our affermi,Vit qu’il n’était plus temps d’offenser à demi;

Et qu’élevé si haut, mais sur un précipice,

S’il ne montait au trône, il marchait au supphce.