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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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iïi la henriade.

Qui, des peuples chrétiens arbitres et modèles,

A leur culte attachés, à leur prince lideles,Conservaient jusqu’alors une mâle vigueur,Toujours impénétrable aux fléchés de l’erreur.

Qu’il est peu de vertus qui résistent sans cesse !

Du monstre déguisé la voix enchanteresseEbranle leurs esprits par ses discours flatteurs.

Aux plus ambitieux elle offre des grandeurs ;

Par l’éclat d’une mitre elle éblouit leur vue :

De l’avare en secret la voix lui fut vendue :

Par un éloge adroit le savant enchanté,

Pour prix d’un vain encens, trahit la vérité :Menacé par sa voix, le faible s’intimide.

On s’assemble en tumulte, en tumulte on décide.Parmi les cris confus, la dispute et le bruit,

De ces lieux en pleurant la vérité s’enfuit.

Alors au nom de tous un des vieillards s’écrie :

« L’église fait les rois, les absout, les châtie;

« En nous est cette église, en nous seuls est sa loi ;

« Nous réprouvons Yalois, il n’est plus notre roi.

« Serments jadis sacrés, nous brisons votre chaîne. »A peine a-t-il parlé, la discorde inhumaineTrace en lettres de sang ce décret odieux.

Chacun jure par elle, et signe sous ses yeux.

Soudain elle s’envole, et d’église en égliseAnnonce aux factieux cette grande entreprise ;

Sous l’habit d’Augustin, sous le froc de François,Dans les cloîtres sacrés fait entendre sa voix ;

Elle appelle, à grands cris, tous ces spectres austèresDe leur joug rigoureux esclaves vohontaires.

De la religion reconnaissez les traits,

Dit-elle, et du Très-Haut vengez les intérêts.