Buch 
La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
Entstehung
Seite
141
JPEG-Download
 

CHANT VIII. 141

Déjà brille en leurs mains le fatal cimeterre.

La discorde accourut ; le démon de la guerre,

La mort pâle et sanglante étaient à ses côtés.Malheureux, suspendez vos coups précipités îMais un destin funeste enflamme leur courage ;

Dans le cœur l’un de l’autre ils cherchent un passage,Dans ce cœur ennemi qu’ils ne connaissent pas.

Le fer qui les couvrait brille et vole en éclats,

Sous les coups redoublés leur cuirasse étincelle;Leur sang, qui rejaillit, rougit leur main cruelle ;Leur bouclier, leur casque, arrêtant leur effort,

Pare encor quelques coups, et repousse la mort.Chacun d’eux, étonné de tant de résistance,Respectait son rival, admirait sa vaillance.

Enfin le vieux d’Ailly, par un coup malheureux,.Fait tomber à ses pieds ce guerrier généreux.

Ses yeux sont pour jamais fermés à la lumière ;

Son casque auprès de lui roule sur la poussière ;D’Ailly voit son visage : ô désespoir ! <> cris !

Il le voit, il l’embrasse : hélas ! c’était sou fils.

Le pere infortuné, les yeux baignés de larmes ,Tournait contre son sein ses parricides armes ;

On l’arrête : on s’oppose à sa juste fureur :

Il s’arrache, en tremblant, de ce lien plein d’horreur ;Il déteste à jamais sa coupable victoire ;

Il renonce à la cour, aux humains, à la gloire ;

Et se fuyant lui-même, au milieu des déserts,

Il va cacher sa peine au bout de l’univers.

La, soit que le soleil rendît le j our au moude,

Soit qu’il finît sa course au vaste sein de l’onde,

Sa voix faisait redire aux échos attendrisLe nom, le, triste nom de son malheureux fils.

7 -