CHANT VIII. U5
L’honneur de le combattre irritait son orgueil.
Viens,Bourbon, criait-il, viens augmenter ta gloireCombattons ; c’est à nous de fixer la victoire.
Comme il disait ces mots, un lumineux éclair,Messager des destins, fend les plaines de l’air :L’arbitre des combats fait gronder son tonnerre;
Le soldat sous ses pieds sentit trembler la terre.D’Egmont croit que les cieux lui doivent leur appui,Qu’ils défendent sa cause, et combattent pour lui;Que la nature entière, attentive à sa gloire,l»ar la voix du tonnerre annonçait sa victoire.D’Egmont joint le héros, il l’atteint vers le flauc;
H triomphait déjà d’avoir versé son sang.
Le roi, qu’il a blessé, voit son péril sans trouble ;Ainsi que le danger, son audace redouble :
Sou grand cœur s’applaudit d’avoir, au champ d’hon-neur ,
Trouvé des ennemis dignes de sa valeur.
Loin de le retarder, sa blessure l’irrite ;
Sur ce fier ennemi Bourbon se précipite :
D’Egmont d’un coup plus sûr est renversé soudain ;Le fer étincelant se plongea dans son sein.
Sous leurs pieds teints de sang les chevaux le foulè-rent;
Des ombres du trépas ses yeux s’enveloppèrent;
Et son ame en courroux s’envola chez les morts,
Où l’aspect de son pere excita ses remords.
Espagnols tant vantés, troupe jadis si fiere,
Sa mort anéantit votre vertu guerriere ;
Pour la première fois vous connûtes la peur.
L’étonnement, l’esprit de trouble et de terreuS’empare, en ce moment, de leur troupe alarmée;