i4ô LA HENRIADE,
II passe en tons les rangs, il s’étend sur l’armée:
Les chefs sont effrayés, les soldats éperdus ;
L’un ne peut commander, l’autre n’obéit plus.
Ils jettent leurs drapeaux, ils courent, se renversent,Poussent des cris affreux, se heurtent, se dispersent;Les uns, sans résistance, à leur vainqueur offerts,Fléchissent les genoux, et demandent des fers ;D’autres, d’un pas rapide évitant sa poursuite,Jusqu’aux rives de l’Eure emportés dans leur fuite,Dans les profondes eaux vont se précipiter,
Et courent au trépas qu’ils veulent éviter.
Les flots couverts de morts interrompent leur course,Et le fleuve sanglant remonte vers sa source.
Mayenne, en ce tumulte, incapable d’effroi,Affligé, mais tranquille, et maître encor de soi,
"Voit d'un œil assuré sa fortune cruelle,
Et, tombant sous ses coups, songe à triompher d’elle.D’Aumale auprès de lui ,1a fureur dans les yeux,Accusait les Flamands, la fortune, et les cieux.
Tout est perdu, dit-il : mourons, brave Mayenne.Quittez, lui dit son chef, une fureur si vaine.
Vivez pour un parti dont vous êtes l’honneur,
Vivez pour réparer sa perte et son malheur:
Que vous et Bois-Dauphin, dans ce moment funeste,De nos soldats épars assemblent ce qui reste.Suivez-moi, l’un et l’autre, aux remparts de Paris;De la ligue en marchant ramassez les débris ;
De Coligny vaincu surpassons le courage.
D’Aumale, en l’écoutant, pleure, et frémit de rage.Cet ordre qu’il déteste, il va l’exécuter ;
Semblable au fier lion qu’un Maure a su doniter,Qui, docile â son maître, à tout autre terrible,