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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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CHANT VIII. i49

O citoyens trompés, et vous, prêtres trompeurs îDe quels cris douloureux vos temples retentirent !

De cendre, en ce moment, vos têtes se couvrirent.Hélas J Mayenne encor vient flatter vos esprits.Vaincu, mais plein d’espoir, et maître de Paris,

Sa politique habile, au fond de sa retraite,

Aux ligueurs incertains déguisait sa défaite.

Contre un coup si funeste il veut les rassurer :

En cachant sa disgrâce ,il croit la réparer.

Par cent bruits mensongers, il ranimait leur zele :Mais, malgré tant de soins, la vérité cruelle,Démentant à ses yeux ses discours imposteurs ,Volait de bouche en bouche, et glaçait tous les cœurs .

La discorde en frémit, et redoublant sa rage :Non, je ne verrai point détruire mon ouvrage,Dit-elle, et n’aurai point, dans ces murs malheureux,Versé tant de poisons, allumé tant de feux ,

De tant de flots de sang cimenté ma puissance .

Pour laisser à Bourbon l’empire de la France.

Tout terrible qu’il est, j’ai l’art de l’affaiblir ;

Si je n’ai pu le vaincre, on le peut amollir.N’opposons plus d’efforts à sa valeur suprême :

Henri n’aura jamais de vainqueur que lui-même.C’est son cœur qu’il doit craindre, et je veux aujour-d'hui

L’attaquer, le combattre, et le vaincre par lui.

Elle dit ; et .soudain, des rives de la Seine,

Sur un char teint de sang, attelé par la haine,

Dans un nuage épais qui fait pâlir le j our,

Elle part, elle vole, et va trouver l’amour.

PIN DU CHANT HUITIEME.