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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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CHANT IX. 15i

Les biens du premier âge, hors la seule innocence.On entend, pour tout bruit, des concerts enchanteurs,Dont la molle harmonie inspire les langueurs ;

Les voix de mille amants, les chants de leurs maîtresses,Qui célèbrent leur honte, et vantent leurs faiblesses.Chaque jour on les voit, le front paré de fleurs,

De leur aimable maître implorer les faveurs;

Et, dans l’art dangereux de plaire et de séduire,Dans son temple à l’envi s’empresser de s’instruire.La flatteuse espérance, au front toujours serein ,

^ A l'autei de l’amour les conduit par la main.

Près du temple sacré,les grâces demi-nuesAccordent à leurs voix leurs danses ingénues.

La molle volupté, sur un lit de gazons ,

, Satisfaite et tranquille, écoute leurs chansons.

Ou voit à ses côtés le mystère en silence,

Le sourire enchanteur, les soins , la complaisance,Les plaisirs amoureux, et les tendres désirsPlus doux .plus séduisants encor que les plaisirs.

De ce temple fameux telle est l’aimable entrée.

Mais lorsqu’en avançant sous la voûte sacréeOn porte au sanctuaire un pas audacieux,

4 Quel spectacle funeste épouvante les yeux !

Ce n’est plus des plaisirs la troupe aimable et tendreLeurs concerts amoureux ne s’y font plus entendre.Les plaintes, les dégoûts, l’imprudence, la peur ,Pont de ce beau séjour un séjour plein d’horreur.La sombre jalousie , au teint pâle et livide,

Suit d’un pied chaucelant le soupçon qui la guide :La haine et le courroux, répandant leur venin ,

0 Marchent devant ses pas, un poignard à la main.

La malice les voit, et d’un souris perfide