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La Henriade : avec les notes / poème par Voltaire
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LA 1IENRIADE.

154.

Ces remparts orgueilleux, ce prodige du monde,Venise, dont Neptune admire le destin,

Et qui commande aux flots renfermés dans son sein.

Il descend, il s’arrête aux champs de la Sicile,

Où lui-même inspira Théocrite et Virgile,

Où l’on dit qu’aùtrefois, par des chemins nouveaux ,De l'amoureux Àlphée il conduisit les eaux.

Bientôt, quittant les bords de l’aimable Aréthuse,Dans les champs de Provence il vole vers Vaucluse,Asyle encor plus doux,lieux où, daus ses beaux jours,Pétrarque soupira ses vers et ses amours.

Il voit les murs d'Auet bâtis au bord de l’Eure :Lui-même eu ordonna la superbe structure.

Par ses adroites mains avec art enlacés,

Les chiffres de Diane y sont encor traces.

Sur sa tombe, en passant,les plaisirs et les grâcesRépandirent les fleurs qui naissaient sur leurs traces.

Aux campagnes d’Ivry l’amour arrive enfin.

Le roi, près d’en partir pour un plus grand dessein,Mêlant à ses plaisirs l’image de la guerre,

Laissait pour un moment reposer son tonnerre.

Mille jeunes guerriers, à travers les goérets,Poursuivaient avec lui les hôtes des forêts.

L’amour sent, à sa vue, une joie inhumaine;

Il aiguise ses traits, il prépare sh chaîne ;

Il agite les airs que lui-même a calmés :

Il parle ; on voit soudain les éléments armés.

D’un bout du monde à l’autre appelant les orages,

Sa voix commande aux vents d’assembler les nuages,De verser ces torrents suspendus dans les airs ,

Et d’apporter la nuit, la foudre, et les éclairs.

Déjà les aquilons, à ses ordres fideles,