CHANT IX. 155
Dans les cieux obscurcis ont déployé leurs ailes ;
La plus affreuse nuit succédé au plus beau jour;
La nature en gémit, et reconnaît l’amour.
Dans les sillons fangeux de la campagne humide,Le roi marche incertain, sans escorte et sans guide:L’amour, en ce moment allumant son flambeau,
Fait briller devant lui ce prodige nouveau. •Abandonné des siens, le roi, dans ces bois sombres,Suit cet astre ennemi, brillant parmi les ombres ;Comme on voit quelquefois les voyageurs troublesSuivre ces feux ardents de la terre exhalés,
Ces feux dont la vapeur maligne et passagèreConduit au précipice , à l’instant qu’elle éclaire.Depuis peu la fortune en ces tristes climatsD’une illustre mortelle avait conduit les pas.
Dans le fond d’un château tranquille et solitaire,Loin du bruit des combats elle attendait son pere,Qui, fidele à ses rois, vieilli dans les hasards,
Avait du grand Henri suivi les étendards.
D’JSstrée était son nom : la main de la natureDe ses aimables dons la combla sans mesure.
Telle ne brillait point, aux bords de l’Eurotas ,
La coupable beauté qui trahit Ménélas ;
Moins touchante et moins belle à Tarse on vit paraîtreCelle qui des Romains avait domté le maître ,Lorsque les habitants des rives du Cydnus ,L’encensoir à la main, la prirent pour Vénus.
Elle entrait daos cet âge, hélas ! trop redoutable,Qui rend des passions le joug inévitable.
Son cœur, né pour aimer, mais fier et généreux,D’aucun amant encor n’avait reçu les vœux ;Semblable en son printemps à la rose nouvelle,