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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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CORNEILLE.

Auprès d'elle Vénus ne seroil rien qui vaille :

Ce ne sont rien que lys et roses que son teint.

Ce ton paraît, à la mère inquiète, celui de la plaisan-terie ; mais son agent la rassure :

C’est un homme tout neuf, que voulez-vous qu’il fasse ?

Il dit ce qu’il a lu.

Corneille s’apercevait que c’était ailleurs que dans leslivres, et même ailleurs que dans les poésies galantesde son temps, qu’il fallait chercher un langage capablede réveiller, dans l’âme de ses spectateurs, les senti-ments qu’il voulait peindre. Dans la Galerie du Palais,deux jeunes gens, arrêtés devant une boutique delibraire, y raisonnent sur la comédie, et sur la manièredont on y traite l’amour :

Il n’en faut point douter, l’amour a des tendressesQue nous n’apprenons point qu’auprès de nos maîtresses;Tant de sortes d’appas, de doux saisissements,

D’agréables langueurs et de ravissements,

Jusques où d’un bel œil peut s’étendre l’empire,

El mille autres secrets que l’on ne sauroil dire,

Quoique tous nos rimeurs en mettent par écrit,

Ne se surent jamais par un effort d’esprit,

Et je n’ai jamais vu de cervelles bien faitesQui traitassent l’amour comme font les poètes :

C'est tout un autre jeu. Le style d’un sonnetEst fort extravagant dedans un cabinet;

Il y faut bien louer la beauté qu’on adore,

Sans mépriser Vénus, sans médire de Flore ;

Sans que l’éclat des lys, des roses, d’un beau jour,