CORNEILLE.
<61
Ait rien à démêler avecque notre amour.
O pauvre comédie ! objet de tant de peines,
Si tu n’es qu’un portrait des actions humaines,
On te tire souvent sur un originalA qui, pour dire vrai, tu ressembles fort mal.
Ce bon sens naturel, qui distinguait Corneille, pro-duit quelquefois de singuliers effets par son mélangeavec les fausses habitudes auxquelles le poëte se laisseencore entraîner. Dans la Place Royale, sa cinquièmecomédie, une jeune fille, indignement traitée parl’homme qu’elle aime, et dont elle se croyait aimée,s'emporte contre lui, et comme cet amant perfide,qui "veut la pousser à bout, lui présente insolemmentun miroir pour qu’elle y voie les raisons de son indif-férence, elle s’écrie :
S’il me dit mes défauts autant ou plus que toi,
Déloyal, pour le moins il n’en dit rien qu’à moi :
C’est dedans son cristal que je les étudie ;
Mais après il s’en tait, et moi j’y remédie ;
Il m’en donne un avis sans me les reprocher,
Et me les découvrant, il m’aide à les cacher.
A ce débordement d’esprit si mal placé, qui ne répon-drait comme Àlidor (c’est le nom de l’amant) :
Vous êtes en colère et vous dites des pointes !
Critique si juste qu’on a de la peine à concevoir que lebon sens qui l’a dictée au poëte ne l’ait pas préservé dela mériter; mais le premier progrès est d’apercevoir la
u