corneille.
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du moins dans toute leur énergie, ces mêmes facultésnous demandent sans cesse des occasions propres à lesmettre enjeu ; et, dans le repos où les laisse la tran-quillité de notre vie, elles cherchent à s’exercer sur desobjets conformes à leur nature, quoique étrangers aubut immédiatement utile qu’elles n’ont pas toujours àatteindre : ainsi l’esprit, ne trouvant pas à s’employerconstamment pour nos propres intérêts, se livre àdes combinaisons purement spéculatives, sans aucunrapport avec notre situation; et cet exercice de l’âme,dépouillé de tout retour sur nous-mêmes, est un desplaisirs les plus vifs que l’homme puisse éprouver. Auxémotions produites par nos intérêts personnels, semêlent des aiguillons de désir, de crainte, d’espérance,destinés à nous pousser à l’action, qui deviendraientinsupportables dans une situation où nous n’avons rienà faire, et qui détruiraient absolument ce plaisir vif, maissans agitation, que nous voulons trouver dans la jouis-sance des arts. Loin donc de nous ramener à nos inté-rêts personnels, à nos souvenirs, à notre propre situation,l’effet du spectacle doit être de nous en écarter absolu-ment; loin d’arrêter notre attention sur le cercle étroitde notre existence réelle, il doit, au contraire, nous lefaire perdre de vue pour nous transporter dans notreexistence possible, et nous occuper, non de ce qui nousarrive réellement, mais de ce que nous pouvons être;non des circonstances particulières qui ont mis en jeu