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Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
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CORNEILLE.

nos facultés, mais de ces facultés elles-mêmes, tellesqu’elles peuvent se déployer quand tout excite et querien ne gêne leur développement. C’est de nous-mêmesque nous jouissons alors, et du sentiment exalté de notreexistence, de cet état où, comme disait M m 'de Lafayette,

« pour être heureux on n’a besoin que d’être ; » et cebonheur est si bien le résultat du mouvement impriméànotreâme, indépendammentdel’objetd’où illuivient,que toute idée de réalité, attachée à cet objet, détruiraitle plaisir et le changerait en un sentiment tout différent.Si l’illusion pouvait nous entraîner à ce point que nouscrussions voir réellement, dans Hippolyte, ce que lethéâtre nous présente comme une fiction, un jeunehomme vertueux, victime de la plus infâme calomnie,pourrions-nous prendre plaisir à un pareil spectacle?Nenous ferait-il pas éprouver, au contraire, l’émotion laplus amère et le déchirement le plus cruel '! Prendrions-nous plaisir à voir Cléopâtre méditer réellement devantnous la mort de ses deux fils? Saisis d’horreur, nousdétournerions nos regards d’un pareil monstre. Quandle fier Nicomède, enchaîné par des lâches, et livré aupouvoir de ce Flaminius qu’il a avili à nos yeux par sonmépris, est envoyé captif à Rome qu’il a bravée; quand,supérieur encore à cet humiliant revers, il s’écrie :

J’irai, j’irai, seigneur, vous le voulez ainsi,

Et j’y serai plus roi que vous u’êtes ici ;

si nous pouvions croire vrai ce que le poète nous repré-