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CORNEILLE.
nature humaine; il faut avoir complètement perdu lapensée de tout ce qui, dans la vie réelle, vient altérerles formes de cette grandeur idéale dont l’imaginationne conçoit la possibilité que lorsque , l’isolant, pour•ainsi dire, de toutes les autres affections, elle oublie cequi en rend la réalisation si difficile et si rare. L’ima-gination de Corneille se prêtait sans peine à cet isole-ment; la hauteur de ses inventions était soutenue parson inexpérience des choses de la vie; comme il 11eportait, dans ses actions propres et ordinaires, aucunedes idées qu’il employait à la création de scs héros,de même, dans la conception de ses héros, il ne por-tait rien des idées qui lui servaient dans la vie ordi-naire; ce n’était point Corneille lui-même qu’il plaçaitdans leur situation : l’observation de la nature ne l’oc-cupait point; une heureuse inspiration la lui faisaitsouvent deviner; mais son imagination seule, réunis-sant des traits beaucoup plus simples, lui composaitune sorte de modèle abstrait d’une qualité unique, unêtre sans parties, s’il est permis de le dire, capable d’êtremû par une seule impression et de marcher dans uneseule direction.
C’est ainsi qu’il s’est formé une idée absolue de laforce d’âme, soit qu’elle s’exerce pour le crime ou pourla vertu, du patriotisme, de la bassesse même, qui,dans le Félix de Polyeucte et le Yalens de Théodore, n’estpas plus embarrassée d’un scrupule d’honneur que le