Buch 
Corneille et son temps : étude littéraire / par M. Guizot
Entstehung
Seite
434
JPEG-Download
 

434 SCARRON (PAUL).

l’amour de Dieu ; la dévotion ne pouvait être au nombrede ses moyens de fortune. Le meilleur de tous, l’amitiéde M Uo d’Hautefort, lui obtint enfin, de l’évêque duMans, M. de Lavardin, le petit canonicat dont il fut misen possession en 1646.

A ces ressources, Scarron ne négligeait pas de join-dre celles d’un travail plus abondant que laborieux.11 ne paraît pas que l’idée d’écrire lui fût venue pen-dant une jeunesse qu’il croyait pouvoir mieux em-ployer ; et sauf quelques chansons à Iris et à Chloris,toutes plus que médiocres, nous n’avons de luiaucune poésie qui n’appartienne au temps de sessouffrances : « Il n’y a rien qui délie si bien la lan-gue , dit l’abbé de Choisi, que la goutte aux pieds etaux mains ; 1 » et dans le petit nombre d’heures soli-taires où sa langue était forcée de demeurer oisive,Scarron laissait tomber sur le papier, en vers moinspiquants que son entretien, le superflu de la conver-sation, devenue son plaisir le plus vif. Ces écrits nefurent d’abord destinés qu’à l’amusement de la société:des épîtres excessivement familières; quelques piècesde circonstance , écrites littéralement au courant de laplume 5 ; des vers qu’une rime amenée selon sa fan-taisie distinguait seule de la prose la moins soutenue;

1 Mémoires, p. 45-46.

5 Foin ! rime sur rime m'engage

A griffonner plus d'une page,

Et ce n’étoit pas mon dessein