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qn’il ne soit ni opprimé par ses ennemis, ni abandonné ou dé-gradé par ses auteurs. Mais soit que nos contemporains aientl’avantage d’achever heureusement une si grande entreprise , ouque l’honneur en soit réservé à la génération suivante et à destemps plus favorables , il sera permis au moins de mettre sous lesyeux des gens de lettres les projets qui peuvent tendre à l’amé-liorer. Dans la multitude des vérités que l’Encyclopédie em-brasse , et qu’en vain on chercherait à saisir toutes ensemble, ilen est qui s’élèvent et qui dominent sur les autres , comme quel-ques pointes de rochers au milieu d’une mer immense. Ces vé-rités qu’il importe le plus de connaître , étant réunies et rappro-chées dans des élémens de philosophie qui serviraient à l’Ency-clopédie comme d’introduction , l’utilité de ce grand ouvrage endeviendrait sans doute plus générale et plus assurée. Entrons là-dessus dans quelque détail.
L’histoire générale et raisonnée des sciences et des arts ren-ferme quatre grands objets : nos connaissances, nos opinions,nos disputes , et nos erreurs.
L’histoire de nos connaissances nous découvre nos richesses,ou plutôt notre indigence réelle. D’un côté elle humilie l’hommeen lui montrant le peu qu’il sait, de l’autre elle l’élève et l’en-courage, ou elle le console du moins, en lui développant lesusages multipliés qu’il a su faire d’un petit nombre de notionsclaires et certaines.
L’histoire de nos opinions nous fait voir comment les hommes,tantôt par nécessité, tantôt par impatience, ont substitué avecdes succès divers la vraisemblance à la vérité ; elle nous montrecomment ce qui d’abord n’était que probable , est ensuite devenuvrai à force d’avoir été remanié, approfondi, et comme épurépar les travaux successifs de plusieurs siècles ; elle offre à notresagacité et à celle de nos descendans des faits à vérifier, des vuesà suivre , des conjectures à approfondir, des connaissances com-mencées à perfectionner.
L’histoire de nos disputes montre l’abus des mots et des notionsvagues , l’avancement des sciences retardé par des questions denom , les passions sous le masque du zèle, l’obstination sous lenom de fermeté : elle nous fait sentir combien les contestationssont peu faites pour apporter la lumière , combien même, lors-qu’elles roulent sur certains objets , elles sont turbulentes etdangereuses ; cette étude , la moins utile pour augmenter nosconnaissances réelles, devrait être la plus propre à nous rendresages; mais, sur cela comme sur tout le reste , l’exemple desautres est toujours perdu pour nous.
Enfin l’histoire de nos erreurs les plus remarquables, soit