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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. iaS

par leur ressemblance avec la vérité', soit par leur durée, soitpar le nombre ou l’importance des hommes qu’elles ont sé-duits, nous apprend à nous défier de nous-mêmes et des au-tres ; de plus, en montrant les chemins qui ont écarté du vrai,elle nous facilite la recherche du véritable sentier qui y con-duit. Il semble que la nature se soit étudiée à multiplier lesobstacles en ce genre. L’esprit faux s’égare en préférant à uneroute simple des voies difficiles et détournées; l’esprit juste setrompe quelquefois, en prenant, comme il le doit, la voie quilui semble la plus naturelle : l’erreur doit alors en quelque ma-nière précéder nécessairement la vérité ; mais l’erreur même doitalors devenir instructive , en épargnant à ceux qui nous suivrontdes pas inutiles. Les routes trompeuses qui ont séduit et perdutant de grands hommes, nous auraient, comme eux, éloignésdu vrai ; il était nécessaire qu’ils les tentassent pour que nous enconnusssions les écueils. Ainsi le philosophe spéculatif profite del’égarement de ses semblables, comme le pliilosopheyirotj^ue desfautes et du malheur d’autrui. Ainsi les nations , que le joug dela superstition et du despotisme retient encore dans les ténèbres,profiteront un jour, si elles peuvent enfin briser leurs chaînes,des contradictions que les vérités de toute espèce ont essuyéesparmi nous ; éclairées par notre exemple , elles franchiront en uninstant la carrière immense d’erreurs et de préjugés où milleobstacles nous ont retenus durant tant de siècles , et passeronttout à coup de l’obscurité la plus profonde à la vraie philosophieque nous n’avons rencontrée que lentement et comme à tâtons.

Mais des quatre grands objets que nous venons de présenter ànos lecteurs, et qui font la matière importante de l’Encyclopé-die, il n’en est point qui puisse nous éclairer davantage, et qui,par conséquent, soitplus digne d’être transmis à nos descendans,que le tableau de nos connaissances réelles; il est l’histoire etl’éloge de l’esprit humain; le reste n’en est que le roman ou lasatire. Ce tableau est le seul que l’empreinte de la vérité rendimmuable , tandis que les autres changent ou s’effacent. Il sem-ble même que les trois autres objets, quoique très-utiles, nesoient qu’une espèce de ressource à laquelle nous avons recoursau défaut d’un bien plus solide. Plus on acquiert de lumières surun sujet, moins on s’occupe des opinions fausses ou douteusesqu’il a produites; on ne cherche à savoir l’histoire de ce qu’ontpensé les hommes, que faute d’idées fixes et lumineuses aux-quelles on puisse s’arrêter : par cette apparence vraie ou faussede savoir, on tâche de suppléer autant qu’il est possible à lascience véritable. C’est pour cela que l’histoire des sophismes estsi courte en mathématique, et si longue en philosophie.