126 ÉLÉMENS
Rien ne serait donc plus utile qu’un ouvrage qui contiendrait,non ce qu’on a pensé dans tous les siècles, mais seulement ce qu’ona pensé de vrai. Ce plan bien approfondi est moins immensequ’il ne paraît. Il ne s’agit point ici de rassembler cette foule deconnaissances particulières, isolées, et souvent stériles, que leshommes ont acquises sur chaque matière ; il ne s’agit point demontrer en détail le chemin long, pénible et tortueux que lesinventeurs ont suivi ; il s’agit de fixer et de recueillir les prin-cipes de nos connaissances certaines ; de présenter sous un memepoint de vue les vérités fondamentales ; de réduire les objets dechaque science particulière à des points principaux et bien dis-tincts, pour les parcourir plus aisément; d’éviter également danscelte décomposition , l’esprit minutieux et borné qui laisse letronc pour les branches , et l’esprit trop avide de généralités, quiperd et confond tout en voulant tout embrasser et tout réduire.
Dans le discours préliminaire de l’Encyclopédie, discoursdont nous supposerons ici tous les principes, nous nous sommescontentés d’expliquer comment les différens objets de la nature,considérés d’abord séparément et successivement unisiet rappro-chés ensuite , combinés , approfondis, décomposés et recompo-sés, ont mené les hommes d’une science à l’autre. Obligés denous tenir dans une espace de lointain pour embrasser cette pers-pective immense , et composée de parties si nombreuses et si dis-parates, nous n’avons pu y jeter qu’un coup d’œil rapide et gé-néral; dans des élémens de philosophie on doit se placer à cettejuste distance qui permettra d’examiner successivement les par-ties principales du tableau, celles qui peuvent être saisies à lavue simple par un observateur attentif, les masses et les objetsprincipaux.
Notre dessein dans cet essai n’est point de parcourir en détailles différentes matières qui doivent entrer dans les élémens dontnous parlons; nous ne voulons que les exposer sommairement,et en faire comme une espèce de table; nous nous bornerons àindiquer l’ordre suivant lequel il nous paraît qu’on doit disposerces matières, et les principes par lesquels on doit les traiter.
III. OBJET ET PLAN GÉNÉRAL.'
La philosophie n'est autre chose que l’application de la raisonaux différens objets sur lesquels elle peut s’exercer. Des élémensde philosophie doivent donc contenir les principes fondamentauxde toutes les connaissances humaines ; or ces connaissances sontde trois espèces , ou de faits, ou de sentiment, ou de discussion.Cette dernière espèce seule appartient uniquement et par tous