DE PHILOSOPHIE. 125
ses cotes à la philosophie, mais les deux autres s’en rapprochentpar quelques unes des faces sous lesquelles 011 peut les envisager.La science des faits de la nature est un des grands objet du phi-losophe : non pour remonter à leur première cause, ce qui estpresque toujours impossible, mais pour les combiner, les com-parer, les rappeler à differentes classes, expliquer enfin les unspar les antres, et les appliquer à des usages sensibles. La sciencedes faits historiques tient à la philosophie par deux endroits, parles principes qui servent de fondement à la certitude historique,et par l’utilité qu’on peut tirer de l’histoire. Les hommes placéssur la scène du monde sont appréciés par le sage comme témoins,ou jugés comme acteurs; il étudie l’univers moral comme lephysique , dans le silence des préjugés; il suit les écrivains dansleur récit avec la même circonspection que la nature dans sesphénomènes; il observe les nuances qui distinguent le vrai his-torique du vraisemblable, le vraisemblable du fabuleux ; il re-connaît les dilférens langages de la simplicité, de la flatterie,de la prévention et de la haine; il en fixe les caractères ; il dé-termine quels doivent être, suivant la nature des faits, les di-vers degrés de force dans les témoignages, et d’autorité dans lestémoins. Eclairé par ces règles aussi fines que sûres , c’est, princi-palement pour connaître les hommes avec qui il vit, qu’il étudieceux qui ont vécu. Pour le commun des lecteurs, l’histoire estl’aliment de la curiosité ou le soulagement de l’ennui; pour luielle n’est qu’un recueil d’expériences morales faites sur le genrehumain ; recueil qui serait plus court et plus complet s’il n’eûtété fait que par des sages, mais qui, tout informe qu’il est, ren-ferme encore les plus grandes leçons ; comme le recueil des ob-servations médicinales de tous les âges , toujours augmenté et tou-jours imparfait, forme néanmoins la partie la plus essentielle del’art de guérir.
Les vérités de sentiment appartiennent au goût ou à la morale ,et sous ces deux points de vue, elles présentent à la philosophiedes objets importans de méditation. Les principes de morale sontliés au système général de la société, à l’avanlage commun dutout et des parties qui le composent. La nature qui a voulu queles hommes vécussent unis, les a dispensés du soin de chercherpar le raisonnement les règles suivant lesquelles ils doivent seconduire les uns par rapport aux autres; elle leur fait connaîtreces règles par une espèce d’inspiration, et les leur fait goûterpar le plaisir intérieur qu’ils éprouvent à les suivre, comme elleles porte à perpétuer leur espèce par la volupté qu’elle y attache.Elle conduit donc la multitude par le charme de l’impression *la seule espèce d’impulsion qui lui convienne; mais elle laisse au