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Tome premier.
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143
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DE PHILOSOPHIE. 143

distinguée de l’espace qui l’environne , par Y impénétrabilité etpar les bornes qui la terminent, on peut supposer indifférem-ment , ou que cette portion d’étendue est toujours correspon-dante aux mêmes parties de l’espace, et par conséquentes repos,ou qu’elle occupe successivement des parties de l’espace diffé-rentes , c’est-à-dire, qu’elle est en mouvement ; et comme l’uneou l’autre de ces suppositions est nécessaire , et qu’aucune desdeux n’est nécessaire en particulier, il est donc évident que nil’une ni l’autre ne sont nécessaires dans la définition , et qu’ellessont renfermées dans l’idée générale d ’étendue impénétrable etfigurée , c’est-à-dire d’étendue impénétrable et terminée en toussens.

Pour connaître les cas ou les définitions sont nécessaires, et lesidées qui doivent y entrer, il y aurait, ce me semble, un ou-vrage à faire, qui serait bien digne d’un philosophe, et quiaurait peut-être moins de difficultés qu’on ne pense ; ce seraitla table nuancée, si on peut parler ainsi, de tous les différensgenres d’idées abstraites , dans l’ordre suivant lequel elles s’en-gendrent les unes les autres ; par ce moyen il deviendrait facile,soit de les décomposer, soit de les généraliser , et par conséquentd’en fixer la notion précise, soit en les définissant , soit en déve-loppant leur formation.

Il faudrait pour cela distinguer d’abord deux sortes d’idées ;celles que nous acquérons par les sens , et les idées purementintellectuelles que nous tirons de celles-ci par la réflexion. Parmiles idées que nous acquérons directement par nos sens , on dis-tinguerait celles qui expriment l’objet de la sensation , d’aviccelles qui expriment la sensation même ; par exemple , l’idéed 'étendue ou de couleur et celle de voir : il faudrait de plusfaire attention aux mots qui étant pris en différens sens expri-ment à la fois la sensation et son objet, comme les mots de lu-mière , de chaleur, de couleur , de son , etc., et ainsi des autres.On formerait ensuite une espèce d’échelle sur deux colonnes,l’une pour les objets des sensations, l’autre pour les sensationsmêmes ; dans l’une de ces colonnes , les mots qui expriment dessensations également simples quoique différentes, comme voir,entendre , loucher, goûter, odorer (1) , se trouveraient sur lamême ligne , et au-dessous de ces mots l’idée générale de sen-sation, qui leur est commune , et celle d’existence qui en dérive.On placerait de même dans l’autre colonne les objets de nos sen-sations , relativement au nombre plus ou moins grand de pro-priétés qu’on y considère et d’idées qu’ils renferment ; par

. (1) Je dis adorer et non pas sentir, parce que ce dernier mot aurait un sens

équivoque.