DE PHILOSOPHIE. 161
conjecturer en physique, pour deviner les faits qui ne sont pasà la portée de nos. sens , doit être encore plus grande quand il s’a-git d’expliquer les faits connus. C’est surtout alors que les rai-sonnemens tirés de l’analogie sont le plus sujets à nous induireen erreur. J’ai quelquefois désiré (i) que pour guérir les physiciensde la manie d’expliquer tout, on fit un ouvrage qu’on pourraitintituler Anti-physique, et dans lequel, supposant les phénomènestout autrement qu’ils ne sont, on en donnerait en même temps desexplications si évidentes en apparence, que le physicien et mêmele géomètre le plus difficile devraient en être satisfaits. On dirait,par exemple : Le baromètre hausse pour annoncer la pluie.
Explication. — Lorsqu’il doit pleuvoir, l’air est plus chargede vapeurs, par conséquent plus pesant ; par conséquent il doitfaire hausser le baromètre ; ce qu'ilfallait démontrer.
Autre fait à expliquer. — L’hiver est la saison où la grêle doitprincipalement tomber.
Explication. — L’atmosphère étant plus froide en hiver,il^st évident que c’est surtout dans cette saison que les gouttesde pluie doivent se congeler jusqu’à se durcir en traversant l’at-mosphère ; ce qu’ilfallait démontrer.
Par malheur pour ces explications , les faits y sont absolumentopposés. Le baromètre baisse pour annoncer la pluie , et la grêletombe bien plus souvent en été qu’en hiver. Cependant je nevois pas ce qu’on pourrait objecter aux explications précédentes ;et il faut convenir que cette réflexion est fort encourageante pourles physiciens qui veulent et qui croient rendre raison des phé-nomènes de la nature.
Je n’apporterai pas un plus grand nombre d’exemples, parla trop grande facilité qu’il y aurait à les multiplier; mais aprèsavoir donné un modèle d’explications physiques des faits nonexistans , j’en vais donner un des raisonnenrens par lesquels lesphilosophes prétendent décider qu’un fait est impossible , pres-crire des bornes à la nature , et lui dire comme Dieu à la mer ;Tu iras jusqu’ici et tu n’ avanceras pas plus loin.
Question. — On demande s’il est possible qu'un pépin defruitmis en terre produise au bout d’un certain nombre d’années unarbre du même genre que celui d’où le fruit a été tiré.
Réponse. — Il est évident que cela est impossible ; commentle moins peut-il produire le plus? à moins qu’on ne veuille donnerle démenti à l’axiome, que le tout est plus grand que sa jiartie.
(i) Ceci peut servir de développement à ce qui est dit à la fin de l'art. XX,Physique générale.
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