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Tome premier.
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i6a ÉLËMENS

Autre question. — Est-il possible qu'une certaine liqueur,lancée par un animal dans le corps de sa femelle, produise unautre animal de meme espèce?

Réponse. — Quelle absurdité ! Et quel rapport peut-il y avoirentre cette liqueur brute de quelque genre qu’elle soit, et unêtre pensant et sentant ? On ne donne point ce qu’on n’a point ;ceux qui font cette question sont tout au moins suspects de ma-térialisme ; mais heureusement l’absurdité de leur hypothèseempêche qu’elle ne soit dangereuse.

Troisième question. — On prétend avoir trouvé le secret d'unepetite poudre qui a celte propriété, que quand il tombe une étin-celle dessus, cette poudre éclate avec grand bruit, et peut,quoiqu’en assez petite quantité, renverser dans son explosiondes édifices considérables. On demande si la chose est possible?

Réponse. — Cela est impossible par tous les principes de la mé-canique. Pour qu’une petite masse en renverse une grande, ilfaut au moins que cette petite masse soit douée d’une vitesseénorme. Et comment une étincelle peut-elle communiquer unesi grande vitesse à un amas de grains de poudre en repos? card’un côté celte étincelle est beaucoup moindre que l’amas degrains de poudre , et de l’autre la vitesse avec laquelle elle tombesur cet amas de grains, est peu considérable. Il fautdonc encorerenvoyer ce prétendu fait au catalogue des fables.

Cela est fort bien raisonné ; mais cette poudre existe cepen-dant , au grand détriment de l’espèce humaine.

On ose avancer qu’un physicien de cabinet, qui aurait cherchéà deviner par les raisonnemens et les calculs les phénomènes dela nature, et qui les verrait ensuite tels qu’ils sont, serait bienétonne' de n’avoir presque jamais rencontré juste. Il ressemble-rait aux habitans des îles Mariannes , qui la première fois qu’ilsvirent du feu, prirent cette matière pour un animal qui dévoraittout ce qui se trouvait proche de lui. Un Hollandais qui entre-tenait un roi de Siam des particularités de la Hollande, lui ditentre autres choses que dans son pays l’eau se durcissait quel-que fois si fort pendant la saison la plus froide de l’année, que leshommes marchaient dessus e tque cette eau ainsi durcie porteraitdes éléphans s’il y en avait. Jusqu’ici, lui dit le roi, j’ai cru leschoses extraordinaires que vous m avez dites, parce que je vousprenais pour un homme d’honneur et de probité -, mais présente-ment je suis assuré que vous mentez. Ce roi de Siam représenteassez bien le physicien de cabinet, toujours prêt à nier commeimpossible ce qu’il ignore et ne peut comprendre, et à rendrede mauvaises raisons de ce qu’il ne peut nier parce qu’il le voit.