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Tome premier.
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i64 ËLÊMENS

faits, plus on sera en état de conjecturer heureusement ; sup-posé néanmoins qu’on ait d’ailleurs celte justesse d’esprit que lanature seule peut donner.

Ainsi le meilleur médecin n’est pas , comme le préjugé lesuppose, celui qui accumule en aveugle et en courant beaucoupde pratique , mais celui qui ne fait que des observations bienapprofondies , et qui joint à ces observations le nombre beau-coup plus grand des observations faites dans tous les siècles pardes hommes animés du même esprit que lui. Ces observationssont la véritable expérience du médecin ; elles lui offrent millefois plus de faits que sa propre pratique ne peut lui en fournir,et par conséquent elles exigent de lui, pour être étudiées, untemps que sa propre pratique ne doit pas absorber tout entier.Il est pourtant vrai qu’il doit joindre cette pratique à la con-naissance de celle des autres, comme il est nécessaire qu’un ar-penteur joigne le travail des opérations sur le terrain h l’étudede la géométrie dans les livres. Mais doit-on préférer le médecinqui n’a que l’expérience de ses prédécesseurs, h celui qui n’aque la sienne? Je vais peut-être avancer un paradoxe. L’histoireromaine nous apprend que Lucullus , qui n’avait jamais fait laguerre avant que d’être envoyé contre Mithridate, devint gé-néral dans la roule par la seule lecture réfléchie des bons ou-vrages en ce genre ; si un médecin qui n’aurait jamais pratiqué,avait employé son temps à étudier et à se rendre bien propresles observations des médecins ses prédécesseurs, je ne balanceraispas à le préférer k celui qui , borné à ses propres observations ,aurait d’ailleurs pourlui la pratiquela plus étendue. Des maîtresde l’art sont en cela du même avis. Je préférerais, disait Rhazes,un médecin savant qui n’aurait jamais vu de malades, à unpraticien qui ignorerait ce qu’ont enseigné les anciens. Le pre-mier aurait bien plus de matériaux que le second pour conjec-turer avec succès, puisqu’enfin le malheur du genre humainveut qu’un médecin en soit réduit à conjecturer.

Je ne puis m’empêcher de regretter à cette occasion que leprojet formé par M. Chirac n’ait pas eu lieu; je ne doute pointque la médecine n’en eût pu tirer de grands avantages. Qu’onme permette de transcrire ici en entier cet endroit de son élogepar M. de Fontenelle ; quoiqu’un peu long, je ne crois pas de-voir en rien retrancher.

« M. Chirac avait conçu depuis long-temps une idée qui» eût pu contribuer k l’avancement de la médecine. Chaque» médecin particulier a son savoir qui n’est que pour lui ; il s’est» fait par ses observations et par ses réflexions certains principes» qui n’éclairent que lui ; un autre , et c’est ce qui n’arrive q u «