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Tome premier.
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170 ËLÉMENS

Il n’en est pas de même quand le fait est transmis par e’crit.Tout se réduit à savoir si l’ouvrage qui nous le transmet n’est nisupposé ni altéré ; car alors cet ouvrage doit obtenir de nous lamême croyance, que si l’auteur nous racontait directement lefait dont il est ou dont il prétend avoir été témoin. Il ne s’agiraplus que d’examiner ensuite quel degré de foi on devrait ajouterà ce témoin s’il nous parlait lui-même ; or ce degré de foi doitse mesurer, et sur la nature du témoin, et sur celle du fait qu’ilraconte. Dès qu’on ne pourra douter raisonnablement queTite-Live, par exemple, n’ait écrit son histoire, l’existence de Scipionne sera pas plus douteuse dans dix siècles qu’elle ne l’est aujour-d’hui , ni les prodiges que cette histoire nous raconte , moinsdouteux aujourd’hui qu’ils le seront dans dix siècles.

On doit cependant remarquer que plus les faits transmis parécrit seront difficiles à croire, plus il faudra d’examen et descrupule pour s’assurer si l’ouvrage a été véritablement écritdans le temps oh on le suppose. Cet examen scrupuleux est sur-tout nécessaire , si l’ouvrage paraît avoir pour but unique ouprincipal de raconter des prodiges , et de changer la manière depenser des hommes sur des points importans. Car plus un auteurmontre de dessein et de désir d’être cru, surtout en racontantdes choses extraordinaires, plus son témoignage doit être sus-pect , plus il est naturel de supposer qu’il n’a pas écrit dans untemps oh il pouvait avoir des contradicteurs. Par conséquent,plus les faits qu’un auteur raconte s’éloignent de l’ordre com-mun, plus il est nécessaire de s’assurer que c’est véritablementun témoin oculaire ou contemporain qui les a écrits. Mais quel’ouvrage attribué à cet auteur soit réel ou supposé , le doute oula certitude sur cette qualité de l’ouvrage , ne seront ni plus nimoins grands pour nos neveux que pour nous.

Observons, au reste, que pour constater la non-supposition del’ouvrage dont il s’agit, il faut, entre cet ouvrage et nous, unesuite non interrompue et incontestable de témoignages par écritqui en attestent la réalité. Car si entre l’ouvrage et le premier té-moignage par écrit, il y avait une lacune formée par une sim-ple tradition orale, alors la réalité de l’ouvrage serait d’autantplus douteuse que le temps de cette lacune serait plus long; cecas retomberait dans celui d’un fait attesté par le simple témoi-gnage verbal de plusieurs générations successives , depuis l’épo-que qu’on suppose à l’ouvrage en question jusqu’au premier té-moignage par écrit.

Observons enfin que plus les témoignages par écrit s’éloignentde notre siècle en remontant, plus la réalité de ces témoignagesest difficile à prouver ; parce qu’ils sont en plus petit nombre , et