17a ÉLÉMENS
miracles ont été privés de leurs biens , exilés, emprisonnés , per-sécutés, sans changer d’avis. Il n’est guère douteux que plusieursn’eussent souffert de plus grands maux pour soutenir la vérité dece qu’ils croyaient avoir vu; la postérité serait-elle sage d’en con-clure (sans autre examen) qu’ils n’étaient ni fourbes, ni dupes?Nullement ; car les histoires sont pleines de fanatiques qui ontmême souffert la mort avec courage pour leurs erreurs ; et il estaussi facile à des hommes inattentifs ou prévenus, de se trompersur des faits que sur des opinions.
Aussi l’embarras de la postérité sur cette nuée de témoignagescommencerait à diminuer, si elle apprenait en même temps lescontradictions que ces miracles ont essuyées dans le lieu mêmequi les a vu naître , le peu de foi que les sages y ont ajouté , etle ridicule dont ils ont fini par couvrir le parti qui s’en préva-lait. Bientôt cet embarras se réduirait à rien, si elle savait quedès que le théâtre de ces prétendus prodiges fut fermé , il ne s’enfit plus, parce qu’on avait éteint le foyer où l’enthousiasme allaits’allumer par une communication réciproque, et muré, si jepuis parler ainsi, l’atelier où se fabriquaient les lunettes du fa-natisme.
Tel est à peu près le sort qui est destiné à la plupart des faitsde cette nature, et qui règle le jugement qu’on en doit porter.On peut dire avec beaucoup de raison que l’incrédulité sur cepoint est le commencement de la sagesse. J’ajoute même que c’estpour un chrétien le commencement de la foi ; car la premièredisposition, pour être persuadé des vrais miracles, est de rejeterceux qui nele sont pas. Croira-t-on les prodiges d’Accius Navius^de Curtius, et mille autres semblables, quoiqu’arrivés, si on s’enrapporte à l’histoire , sous les yeux de tout un peuple? Croira-t-onla prétendue résurrection dont on fait honneur à Apollonius deThyane, quoique exécutée, selon son historien, sur le plus grandthéâtre , dans la capitale du monde? Croira-t-on que le vieux dela Montagne n’en imposât pas à ses disciples , quoiqu’ils courus-sent se donner la mort au premier signal qu’ils recevaient de lui?Croira-t-on enfin la prétendue guérison d’un paralytique et d’unaveugle par Yespasien, quoique rapportée par un historien tel queTacite, qui semble même y ajouter une espèce de foi par ces pa-roles qui terminent son récit; les témoins de ce fait, dit-il, l’as-surent encore aujourd’hui, quoiqu’ils n’aient plus d’intérêt à enimposer? Si on ajoute foi à ces prétendues merveilles, pourra-t-on croire, comme on le doit, celles que l’Évangile rapporte,puisque la vraie religion doit avoir seule le privilège de s’appuyersur de vrais miracles ?
La circonspection avec laquelle on doit admettre les témoi-