Band 
Tome premier.
Seite
173
JPEG-Download
 

DE PHILOSOPHIE. 173

gnages en cette matière, est telle que souvent un témoignage,qui paraîtrait d’un grand poids, diminue de force quand onl’examine. On sent aisément que mille raisons peuvent contri-buer à cet affaiblissement. Il est facile cependant de se faire illu-sion à ce sujet, et de vouloir enlever quelquefois à un témoignageéclatant une force qu’il n’est pas possible de lui oter. Qu’on mepermette, pour le faire sentir, de rapporter un exemple célèbre.Ammien Marcellin raconte le prodige des feux souterreins qui ,sortant tout à coup du sein de la terre, empêchèrent que le te*n£pie de Jérusalem ne fût rebâti, comme l’empereur Julien l’avaitordonné. Or Ammien Marcellin était païen .éclairé , philosophe;il raconte ce fait, et ne changea pas de religion ; qu’en faut-ilconclure , disent les incrédules ? l’une de ces deux choses , ou quele passage dont il s’agit n’est peut-être point d’Ammien Marcel-lin , et qu’il a pu être ajouté à son histoire , comme cela s’estpratiqué en d’autres occasions par une fraude plus pieuse qu’é-clairée ; ou que si c’est lui qui a raconté ce fait, il le regardait,soit comme un bruit populaire, soit comme purement naturel.La réponse du chrétien à cet argument est toute simple; Dieu apermis que la philosophie d’Ammien Marcellin fût assez aveuglepour ne pas sentir ou ne pas connaître les preuves qui résultentde ce fait en faveur de la prédiction rapportée dans le Nouveau-Testament, que le temple de Jérusalem ne serait jamais rebâti.Si quelque sultan , également aveugle et impie , entreprenait au-jourd’hui de faire rétablir ce temple, soit pour braver le chris-tianisme en détruisant, s’il le pouvait, une de ses principalespreuves , soit par des vues de politique pour attirer les J uifs dansses Etats, et en augmenter la population , il est hors de douteque Dieu empêcherait l’exécution de ce dessein par quelque nou-veau prodige. Mais cet Etre, aussi sage que puissant, qui ne mul-tiplie pas les prodiges en vain , se contente d’éloigner de l'espritdes sultans l’idée de rétablir le temple des Juifs. C’est en effetune chose très-étonnante, et où le doigt de la Providence paraîtbien marqué, que parmi tant d’empereurs turcs, ennemis dé-clarés du christianisme , dont même quèlqnes uns d’eux avaientjuré la perte , aucun n’ait encore pensé au projet dont nousparlons. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas , ce me semble , dechrétien sincère et zélé qui ne doive souhaiter que Dieu permettecette entreprise impie. Car il en résulterait infailliblement, enfaveur de la religion chrétienne, un nouvel argument des pluséclatons.

Il n’est point de partisan éclairé de la vraie religion, qui 11’ad-mette toutes les règles que nous venons d’établir pour l'examendes miracles. Les détenseurs d’une si bonne cause se refusent