ai8 ÉLÉMENS
objets sur lesquels doit porter la morale de l’homme. Celle deslégislateurs a deux branches : ce que tout gouvernement dequelque espèce qu’il soit doit à chacun de ses membres , et ceque chaque espèce particulière de gouvernement doit à ceux quilui sont soumis.
Conservation et tranquillité ; voilà ce que tout gouvernementdoit à ses membres, et ce qu’il doit également à tous. Or c’estpar les lois que tout gouvernement satisfait à ces deux points.Le premier principe de la morale des législateurs est donc qu’iln’y a de bon gouvernement que celui dans lequel les citoyenssont également protégés et également liés par les lois. Ils ontalors un même intérêt à se défendre et à se respecter les uns lesautres ; et en ce sens ils sont égaux, non de cette égalité méta-physique, qui confond les fortunes, les honneurs et les con-ditions , mais d’une égalité qu’on peut appeler morale, et quiest plus importante à leur bonheur. L’égalité métaphysique estune chimère qui ne saurait être le but des lois, et qui serait plusnuisible qu’avantageuse. Etablissez cette égalité, vous verrezbientôt les membres de l’État s’isoler, l’anarchie naître et lasociété se dissoudre. Établissez au contraire l’inégalité morale,vous verrez une partie des membres opprimer l’autre , le des-potisme prendre le dessus et la société s’anéantir.
Il en est des lois comme des sciences : ce n’est pas par lenombre des principes particuliers, c’est par la fécondité et l’ap-plication des principes généraux qu’on leur doune de l’étendueet de la force. Les lois sont de deux espèces, criminelles ouciviles. Par rapport aux lois criminelles, la morale s’attache àdévelopper les principes qui doivent en diriger l’objet, l’établis-sement et l’exécution.
Les lois supposent qu’aucun citoyen ne doit se trouver par sasituation dans la nécessité absolue d’attenter à la vie ou à la for-tune d’un autre. Elles ne doivent donc permettre d’attaquer lavie de son ennemi que pour défendre la sienne. Mais elles nepeuvent permettre en aucune occasion d’attaquer par des moyensviolens la fortune de qui que ce soit ; non-seulement parcequ’elles doivent toujours offrir au citoyen des moyens de rentrerdans ce qu’on lui a ravi, mais parce que l’économie et la balancede la société doit être telle, qu’aucun citoyen n’y soit malheureuxsans l’avoir mérité ; ce qui lui ôte le droit de dépouiller ou devexer son semblable. Ce n’est pas à dire pourtant que dans unesociété mal gouvernée, comme la plupart le sont, les citoyensmalheureux puissent se procurer par des violences le nécessaireque la société leur refuse ; tolérer ces violences ne serait dansl’État qu’un mal de plus. La punition des coupables est alors une