DE PHILOSOPHIE. a3o
de front, et comme rentrer l’une dans l’autre. En effet, la mé-taphysique a pour but d’examiner la génération de nos idées ,et de prouver qu’elles viennent toutes de nos sensations. Or pourfaire cet examen d’une manière complète , il faut montrer dequelle manière nos sensations font naître en nous les idées quien paraissent les moins dépendantes, comme celles du juste et del’injuste. Ainsi les premières vérités de la métaphysique sont es-sentiellement liées aux premières notions de la morale ; et dansune analyse philosophique on ne saurait les séparer. D’un autrecôté la logique est l’art de comparer les idées entre elles ; or pourapprendre à les comparer, il est nécessaire d’en connaître lagénération ; la métaphysique, sous ce point de vue, doit doncprécéder la logique. Mais en même temps on ne peut développerla génération des idées sans faire usage de l’art du raisonne-ment ; ainsi la logique doit précéder à cet égard l’examen de lagénération des idées. Il est donc évidemment impossible detraiter séparément et distinctement l’une de ces trois sciences,la logique, la métaphysique et la morale , sans supposer quelquesnotions déjà acquises dans les deux autres. Or comment évitercette apparence de cercle vicieux, si propre à jeter dans desélémens de philosophie une espèce de confusion, suite néces-saire et fâcheuse de l’ordre même qu’on voudrait y observer ?Un peu d’attention à la marche de notre esprit dans l’analyse deses perceptions, servira à nous faire éviter cet inconvénient. Lafaculté de juger , ainsi que celle de sentir , s’exerce en nous dèsque nous commençons à exister; à peine un enfant a-t-il dessensations qu’il les compare , qu’il connaît ce qui lui est utile -ou nuisible , et par conséquent qu’il juge. Il y a donc en nousune logique naturelle et comme d’instinct, qui préside à nospremières opérations, et que le philosophe doit supposer. Lalogique considérée comme science, est l’art de faire des combi-naisons plus composées et plus dilficiles, et c’est de cet art quele philosophe doit donner les règles. Ainsi il examinera d’abordcomment nous connaissons par nos sensations l’existence desobjets extérieurs ; il cherchera ensuite comment nos sensationsproduisent nos idées ; il jettera à cette occasion les premiers fon-demens de la morale , et renverra à la morale proprement ditele détail et le développement des vérités qui portent sur cesfondemens inébranlables. La génération des idées étant suffi-samment connue , le philosophe expliquera pour lors l’art deles comparer , c’est-à-dire la logique , pour passer de là à lagrande vérilé de l’existence de Dieu , qui étant la plus utileapplication des règles du raisonnement, doit en être la première.
Mais une autre science qu’il ne faut pas séparer de la logique