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Tome premier.
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DE PHILOSOPHIE. 3oi

reconnue de tous les philosophes. A l’égard de la nature du mou-vement, les mêmes philosophes sont là-dessus fort partagés.Bien n’est plus naturel, sans doute, que de concevoir le mou-vement comme l’application successive du mobile aux différentesparties de l’espace indéfini, que nous imaginons comme le lieudes corps : mais cette idée suppose un espace dont les partiessoient pénétrables et immobiles ; or personne n’ignore que lescartésiens ( secte qui à la vérité n’existe presque plus aujour-d’hui ) ne reconnaissent point d’espace distingué des corps ,et qu’ils regardent l’étendue et la matière comme une mêmechose. 11 faut convenir qu’en partant d’un pareil principe , lemouvement serait la chose la plus difficile à concevoir, et qu’uncartésien aurait peut-être beaucoup plus tôt fait d’en nier l’exis-tence que de chercher à en délinir la nature. Néanmoins, quel-que absurde que nous paraisse l’opinion de ces philosophes , etquelque peu de clarté et de précision qu’il y ait dans les principe*métaphysiques sur lesquels ils s’efforcent de l’appuyer, nousn’entreprendrons point de la réfuter ici : nous nous contenterons,en nous attachant aux notions communes, de concevoir l’espaceindéfini comme le lieu des corps , soit réel , soit supposé, et deregarder le mouvement comme le transport du mobile d’un lieudans un autre.

. La considération du mouvement entre quelquefois dans lesrecherches de géométrie pure ; ainsi on imagine souvent leslignes droites ou les courbes, comme engendrées par le mouve-ment continu d’un point, les surfaces par le mouvement d’uneligne , les solides enfin par celui d’une surface. Mais il y a entrela mécanique et la géométrie cette différence, non-seulementque dans celle-ci la génération des figures par le mouvementest, pour ainsi dire , arbitraire et de pure élégance, mais encoreque la géométrie ne considère dans le mouvement que l’espaceparcouru, au lieu que dans la mécanique on a de plus égard autemps que le mobile emploie à parcourir cet espace. ( VoyezEclaircissement, §XV1, page 3i5).

On ne peut comparer ensemble deux choses d’une nature dif-férente, telles que l’espace et le temps: mais on peut comparerle rapport des parties du temps avec celui des parties de l’espaceparcouru. Le temps par sa nature coule uniformément, e^ lamécanique suppose cette uniformité. Du reste, saus connaîtrele temps eu lui-meme-, et sans en avoir de mesure précise,nous ne pouvons représenter plus clairement le rapport de sesparties, que par celui des portions d’une ligue droite indéfi-nie. On peut donc comparer le rapport des parties du temps àcelui des parties de l’espace parcouru, comme on compare en