DE PHILOSOPHIE. 3o5
même instant, ou dans des instans diflêrens; et le mouvementuniforme est le seul qui ait cette propriété. C’est pourquoi si ondivise le temps en parties quelconques , égales ou inégales à vo-lonté, et si on trouve que les espaces parcourus par deux corpsdurant une même partie de ce temps , sont toujours dans lememè rapport, plus le nombre des parties du temps sera grand ,plus on sera en droit de conclure que le mouvement de chaquecorps est uniforme.
Aucun de ces trois moyens n’est exact dans la rigueur géomé-trique; mais ils suffisent, surtout quand ils sont répétés et réu-nis, pour tirer une conclusion valable, sinon sur l’uniformitéabsolue du mouvement, au moins sur l’uuiformité très-appro-chée.
Après cette digression, qui même , à proprement parler, n’euest pas une , sur la mesure du temps par le mouvement, reve-nons aux principes de la mécanique.
La force d’inertie, c’est-à-dire, la propriété qu’ont les corps depersévérer dans leur état de repos ou de mouvement, étant unefois établie, il est clair que le mouvement, qui a besoin d’unecause pour commencer au moins à exister, ne saurait non plusetre accéléré ou retardé que par une cause étrangère. Or, quellessont les causes capables de produire ou de changer le mouvementdans les corps? Nous n’en connaissons jusqu’à présent que de deuxsortes. Les unes se manifestent à nous en même temps que l’efletqu’elles produisent, ou plutôt dont elles sont l’occasion : ce sontcelles qui ont leur source dans l’action sensible et mutuelle descorps, résultante de leur impénétrabilité : elles se réduisent àl’impulsion et à quelques autres actions dérivées de celles-là.Toutes les autres causes ne se font connaître que par leur effet,et nous en ignorons entièrement la nature : telle est la cause quifait tomber les corps pesans vers le centre de la terre, et celle quiretient les planètes dans leurs orbites.
Nous verrons bientôt comment on peut déterminer les effetsde l’impulsion , et des causes qui peuveut s’y rapporter. Pournous en tenir ici à celles de la seconde espèce, il est clair quelorsqu’il est question des effets produits par de telles causes , ceseffets doivent toujours être donnés indépendamment de la con-naissance de la cause, puisqu’ils ne peuvent en être déduits.C’est ainsi que sans connaître la cause de la pesanteur, nousapprenons, par l’expérience, que les espaces décrits par un corpsqui tombe , sont entre eux comme les carrés des temps. En gé-néral , dans les mouvemens varies dont les causes sont inconnues ,il est évident que l’effet, produit par la cause , soit dans un tempsfini, soit dans un instant, doit toujours être donné par l’équa-1 • 20