DE PHILOSOPHIE. 33y
voir et à bien détailler les phénomènes de toute espèce que lanature nous présente. L’expérience cherche à pénétrer la natureplus profondément, à lui dérober ce qu’elle cache , à créer enquelque manière , par la différente combinaison des corps, denouveaux phénomènes pour les étudier; enfin elle ne se restreintpas à écouter la nature, mais elle l’interroge et la presse. Onpourrait appeler l’observation, la physique des faits, ou plutôtla physique vulgaire et palpable, et réserver pour l’expériencele nom de physique occulte; pourvu qu’on attache à ce mot uneidée plus philosophique et plus vraie que n’ont fait certains phy-siciens modernes, et qu’on le borne 3 désigner la connaissancedes faits cachés dont on s’assure en les voyant, et non le romandes faits supposés qu’on devine bien ou mal sans les chercher nisans les voir.
Les anciens, auxquels nous nous croyons fort supérieurs dansles sciences, parce que nous trouvons plus court et plus agréablede nous préférer à eux que de les lire, n’ont pas autant négligél’étude de la nature que nous les en accusons communément.Leur physique n’e'tait ni aussi déraisonnable ni aussi bornée quele pensent ou que le disent quelques écrivains de nos jours. Lesouvrages d’Hippocrate seul seraient suffisans pour montrer l’es-prit qui conduisait alors les philosophes. Au lieu de ces systèmes,sinon meurtriers, du moins ridicules, qu’a enfantés la médecinemoderne , pour les proscrire ensuite , on y trouve des faits bienvus et bien rapprochés; on y voit un système d’observations,qui encore aujourd’hui sert de base à l’art de guérir. Or ilsemble qu’on peut juger par l’étal de la médecine chez les an-ciens , de celui ou la physique était parmi eux, en premierlieu , parce que les ouvrages d’Hippocrate sont les monumens lesplus considérables qui nous restent de la physique ancienne ; ensecond lieu, parce que la médecine étant la partie la plus essen-tielle et la plus intéressante de la physique, on peut toujoursjuger avec assez de certitude delà manière dont on traite celle-ci, par la manière dont celle-là est cultivée. C’est une véritédont l’expérience nous assure , puisqu’à compter seulement de larenaissance des lettres, nous avons toujours vu subir à l’une deces sciences les changemens qui'ont altéré ou dénaturé l'autre-
Nous savons d’ailleurs que dans le temps même d’Hippocrate,plusieurs grands hommes, à la tête desquels on doit placer Dé-mocrite, s’appliquèrent avec succès à l’étude de la nature. Ouprétend que le médecin, envoyé par les habitans d’Abdère pourguérir la prétendue folie du philosophe, le trouva occupé à dis-séquer et à observer des animaux; et l’on peut juger qui futtrouvé le plus fou par Hippocrate, ou de ceux qui l’avaient en-