35a SUR LE SYSTÈME
n’ont été presque d’aucun secours sur ce point aux philosophesqui sont venus depuis. Il est vrai que les différentes hypothèsesimaginées par les modernes pour expliquer le système dumonde l’avaient déjà été par les anciens ; et on n’en sera passurpris, si on considère qu’en ce genre les hypothèses vraisem-blables se présentent assez naturellement à l’esprit, que lescombinaisons d’idées générales doivent être bientôt épuisées , etpar une espèce de révolution forcée être successivement rem-placées les unes par les autres. C’est par cette raison sans doute ,pour le dire en passant, que nous n’avons aujourd’hui dans notrephysique presque aucuns principes généraux dont l’énoncé, oudu moins le germe ne se trouve chez les anciens. C’est peut-êtreaussi pour cela que la philosophie moderne s’est rapprochée surplusieurs points de ce qu’on a pensé dans le premier âge de laphilosophie, parce qu’il semble que la première impression dela nature est de nous donner des idées justes, que l’on aban-donne bientôt par incertitude ou par amour de la nouveauté , etauxquelles enfin on est forcé de revenir. Quoi qu’il en soit, ceque les anciens ont imaginé sur le système du monde, ou dumoins ce qui nous reste de leurs opinions là-dessus, est si vagueet si mal prouvé qu’on n’en saurait tirer aucune lumière réelle.On n’y trouve point ces détails précis, exacts et profonds quisont la pierre de louche de la vérité d’un système, et que quel-ques auteurs affectent d’en appeler l’appareil , mais qu’on endoit regarder comme le corps et la substance , parce qu’ils enrenferment les preuves les plus subtiles et les plus incontes-tables , et qu’ils en font par conséquent la difficulté et le mérite.En vain un savant illustre , en revendiquant nos hypothèses etnos opinions à l’ancienne philosophie, a cru la venger d’unmépris injuste , que les bons esprits et les vrais savans n’ontjamais eu pour elle. Sa dissertation sur ce sujet (i) ne fait, ceme semble , ni beaucoup de tort aux modernes , ni beaucoupd’honneur aux anciens, mais seulement beaucoup à l’éruditionet aux lumières de son auteur.
Descartes est proprement le premier qui ait traité du systèmedu monde avec quelque soin et quelque étendue. Ce grand phi-losophe , dans un temps où les observations astronomiques , lamécanique et la géométrie étaient encore très-imparfaites, ima-gina, pour expliquer les mouvemens des planètes, l’ingénieuseet célèbre hypothèse des tourbillons ; mais si elle parut au pre-mier coup d’œil conforme au gros des phénomènes , les détailset l’examen approfondi de ces mêmes phénomènes ont fait voir
(i) f^oyez les Mémoires de l’Academie royale des inscriptions et belles-lettres, t. 18, p. 97-